Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/382

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Là-bas, lorsque vous l’éveillerez en votre vieux château, vous verrez, ― dès la première coupe d’eau pure et le premier festin de pastilles, ― vous verrez quel fantôme accompli vous apparaîtra ! Dès que les usages et la présence de Hadaly vous seront devenus familiers, je vous dis que vous en deviendrez le sincère interlocuteur, car si j’ai fourni physiquement ce qu’elle a de terrestre et d’illusoire, une Âme qui m’est inconnue s’est superposée à mon œuvre et, s’y incorporant à jamais, a réglé, croyez-moi, les moindres détails de ces scènes effrayantes et douces avec un art si subtil qu’il passe, en vérité, l’imagination de l’homme.

Un être d’outre-Humanité s’est suggéré en cette nouvelle œuvre d’art où se centralise, irrévocable, un mystère inimaginé jusqu’à nous.


XIV


L’adieu


L’heure triste, où chacun de son côté s’en va.
Victor Hugo, Ruy Blas.


― Ainsi, reprit Edison, l’œuvre est accomplie et je puis conclure qu’elle n’est pas un vain simulacre. Une âme s’est donc surajoutée, disons-nous, à la voix, au geste, aux intonations, au sourire, à la pâleur même de la vivante qui fut votre amour. Chez celle-ci, toutes ces choses n’étaient que mortes, raisonneuses, décevantes, avilies : sous leurs voiles se cache aujourd’hui la féminine entité à laquelle cet ensemble de beauté insolite appartenait peut-être, puisqu’elle s’est montrée digne de l’animer. Ainsi celle que victima l’Arti-