Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/64

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


crète, elle eût, quand même, essayé de s’établir avec tel nouveau prétendant.

Mais, là-bas, ses proches mêmes, par une sotte folie peut-être, l’avaient ébruitée. De sorte qu’elle avait préféré s’enfuir, tant cela l’avait ennuyée. Ne sachant que devenir elle se destinait au théâtre. De là sa présence à Londres, où quelques petites épargnes lui permettraient d’attendre un bon engagement. Certes, une telle carrière achevait de déconsidérer une femme : mais la faute qu’elle avait commise étant la plus grave possible, quels ménagements lui restait-il à garder, à ce sujet du moins ? Au surplus elle prendrait, elle aussi, un nom de guerre. Des personnes compétentes lui ayant assuré que sa voix était fort belle, ainsi que sa figure et qu’elle représentait fort bien, elle était fondée à croire qu’elle aurait « du succès ». Or, lorsqu’on gagne de l’argent, on arrange beaucoup de choses. Quand elle en aurait mis de côté suffisamment, elle quitterait « les planches », prendrait, sans doute, un commerce, se marierait et vivrait honorablement. ― En attendant, elle ressentait beaucoup de goût pour moi : ― quelle différence !… Elle voyait bien qu’elle avait affaire à un « grand seigneur ». ― D’ailleurs, j’étais, un gentilhomme « c’était tout dire ».


Et cætera ; le reste, à l’avenant.

Que pensez-vous de miss Alicia d’après cette version-ci ?

― Diable ! dit Edison : les deux teneurs sont d’un ton si distinct, en effet, que la sienne et votre traduction me semblent, à présent, avoir énoncé deux choses n’ayant plus entre elles qu’un rapport fictif.

Il y eut un moment de silence.