Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 9.djvu/547

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[voûte]
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Or, ce genre de voûtes est un pas en arrière, non un progrès. Les berceaux ont une poussée continue et non répartie sur des points isolés ; ils sont très-lourds, s’ils sont de pierre ; leur effet n’est pas heureux, et les pénétrations des baies dans leurs reins produisent des courbes très-désagréables, que les Romains, avec juste raison, évitaient autant que faire se pouvait.

On voit donc percer dans le texte naïf du bon Philibert de l’Orme ce sentiment d’exclusion quand même, à l’égard des procédés du moyen âge, qui s’est développé depuis lui avec moins de bonhomie. En effet, en marge du texte que nous venons de citer, il est dit en manière de vedette : « L’auteur approuver la façon moderne (de l’Orme désigne, ainsi les voûtes gothiques) des voûtes, toutes fois ne s’en vouloir ayder. » Pourquoi, puisqu’il les approuve ? Il ne nous le dit pas. Quoi qu’il en soit et bien qu’il ne s’en aidât pas, il construisit, comme tous ses confrères, des voûtes en arcs d’ogive, et il eut raison, car la plupart des exemples qu’il donne comme des nouveautés n’ont réellement rien de pratique ni de sérieux, s’il s’agit de fermer de grands espaces. En ceci Philibert de l’Orme prélude à la critique (si l’on peut donner ce nom à un blâme irraisonné) de la structure du moyen âge. Depuis lui, cette critique, quoique moins naïve, ne raisonne pas mieux ; mais elle est plus exclusive encore, et ne dirait pas, en parlant de la façon des voûtes du moyen âge, « laquelle véritablement je ne veux despriser, ains plustôt confesser qu’on y a faict et pratiqué de fort bons traicts et difficiles ». Ce sont choses qu’on ne confesse plus au XIXe siècle, parce que les esprits logiques de notre temps pourraient répondre : « Si vous confessez que le mode a du bon, pourquoi ne vous en servez-vous pas ? » ) Mieux vaut ne rien dire, ou battre l’eau, que de provoquer de pareilles questions.

La renaissance, quoi qu’en dise Philibert de l’Orme, ne change donc pas de système de voûtes pour les grands vaisseaux, et pour cause ; mais elle compliqua ce système. Elle multiplia les membres secondaires plutôt comme un motif de décoration que pour obtenir plus de solidité. Et en effet les voûtes qu’elle construisit sont en assez mauvais état ou même sont tombées, tandis que la durée des voûtes des cathédrales de Chartres, de Reims, d’Amiens, défieront encore bien des siècles. Les voûtes hautes de l’église Saint-Eustache de Paris ne furent faites que pendant les dernières années du XVIe siècle, elles ne sont pas très-solides ; leurs sommiers ne sont pas combinés avec adresse, les arcs sont bandés en pierres inégales de lit en lit, ce qui, comme nous le disions plus haut, est une cause de déformations. Parmi ces voûtes datant du XVIe siècle, on peut citer, comme remarquables, celles qui fermaient le chœur de l’église Saint-Florentin (Yonne), et qui dataient du milieu de ce siècle[1].

  1. Les arcs-boutants qui contre-butaient ces voûtes étaient mal combinés, comme il arrive à presque tous les arcs-boutants de cette époque ; puis les parements extérieurs des