Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome1.djvu/394

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C’est le fils de Voltaire, qui l’a eu de la femme d’un portier qui passe pour être son père. Il a demeuré longtemps chez Mercié, qu’il a quitté au mois de juillet 1731 pour s’établir rue de la Comédie-Française, où il s’est marié quelque temps après. C’est un fort bon garçon, qui, sans beaucoup de génie, aura pourtant le talent de faire ses affaires. Il a depuis quelque temps la pratique de Voltaire, de qui il a fait une édition en onze petits volumes.


XLIII.


DÉTAILS

sur l’affaire de francfort[1].

Nous partîmes de Wabern le 30 mai au matin, et arrivâmes le soir à Marbourg. Nous avions, le lendemain, fait à peine une lieue, lorsque Voltaire ordonna au postillon d’arrêter. Il faisait usage de tabac, et ne retrouvait ni dans ses poches ni dans celles de la voiture la tabatière d’or dont il se servait.

Je m’aperçois que, depuis notre départ de Potsdam, je n’ai pas rendu compte de la manière dont Voltaire voyageait. Il avait sa propre voiture. C’était un carrosse coupé, large, commode, bien suspendu, garni partout de poches et de magasins. Le derrière était chargé de deux malles, et le devant, de quelques valises. Sur le banc étaient placés deux domestiques, dont un était de Potsdam et servait de copiste. Quatre chevaux de poste, et quelquefois six, selon la nature des chemins, étaient attelés à la voiture. Ces détails ne sont rien par eux-mêmes, mais ils font connaître la manière de voyager d’un homme de lettres qui avait su se créer une fortune égale à sa réputation. Voltaire et moi occupions l’intérieur de la voiture, avec deux ou trois portefeuilles qui renfermaient les manuscrits dont il faisait le plus de cas, et une cassette où étaient son or, ses lettres de change et ses effets les plus précieux. C’est avec ce train qu’il parcourait alors l’Allemagne. Aussi à chaque poste et dans chaque auberge étions-nous abordés et reçus à la portière avec tout le respect que l’on porte à l’opulence. Ici c’était M. le baron de Voltaire, là M. le comte ou M. le chambellan, et presque partout c’était Son Excellence, qui arrivait. J’ai encore des mémoires d’aubergistes qui portent : « Pour Son Excellence M. le comte de Voltaire, avec secrétaire et suite. » Toutes ces scènes divertissaient le philosophe, qui méprisait ces titres dont la vanité se repaît avec complaisance, et nous en riions ensemble de bon cœur[2]. . . . . . . . . .

Revenons à Marbourg, ou plutôt à l’endroit où nous nous arrêtâmes

  1. Ce morceau est extrait de Mon Séjour auprès de Voltaire, par Colini, 1807, in-8° ».
  2. On s’entretenait, en présence de Voltaire, de l’un de ses parents qui avait un grade distingué dans le militaire, et l’on se servait de ce grade pour le nommer. « Mon parent, dit Voltaire, est sensible à votre souvenir ; mais la simplicité de nos cantons n’admet point ces titres fastueux. » (Note de Colini.)