Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/171

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gouvernement que l’impôt sur les Juifs. Chaque particulier est obligé d’acheter cette bulle pour avoir le droit de manger des œufs et certaines parties des animaux en carême, et les vendredis et samedis de l’année. Tous ceux qui vont à confesse ne peuvent recevoir l’absolution sans montrer cette bulle au prêtre. On inventa encore depuis la bulle de composition, en vertu de laquelle il est permis de garder le bien qu’on a volé, pourvu que l’on n’en connaisse pas le maître. De telles superstitions sont bien aussi fortes que celles qu’on reproche aux Hébreux. La sottise, la folie et les vices, font partout une partie du revenu public.

La formule de l’absolution qu’on donne à ceux qui ont acheté la bulle de la Cruzade, n’est pas indigne de ce tableau général des coutumes et des mœurs des hommes : « Par l’autorité de Dieu tout-puissant, de saint Pierre et de saint Paul, et de notre très-saint père le pape, à moi commise, je vous accorde la rémission de tous vos péchés confessés, oubliés, ignorés, et des peines du purgatoire. »

La reine Isabelle, ou plutôt le cardinal Ximénès, traita depuis les mahométans comme les Juifs ; on en força un très-grand nombre à se faire chrétiens, malgré la capitulation de Grenade, et on les brûla quand ils retournèrent à leur religion. Autant de musulmans que de Juifs se réfugièrent en Afrique, sans qu’on pût plaindre ni ces Arabes qui avaient si longtemps subjugué l’Espagne, ni ces Hébreux qui l’avaient plus longtemps pillée.

Les Portugais sortaient alors de l’obscurité, et, malgré toute l’ignorance de ces temps-là, ils commençaient à mériter alors une gloire aussi durable que l’univers, par le changement du commerce du monde, qui fut bientôt le fruit de leurs découvertes. Ce fut cette nation qui navigua la première des nations modernes sur l’océan Atlantique. Elle n’a dû qu’à elle seule le passage du cap de Bonne-Espérance, au lieu que les Espagnols durent à des étrangers la découverte de l’Amérique. Mais c’est à un seul homme, à l’infant don Henri, que les Portugais furent redevables de la grande entreprise contre laquelle ils murmurèrent d’abord. Il ne s’est presque jamais rien fait de grand dans le monde que par le génie et la fermeté d’un seul homme qui lutte contre les préjugés de la multitude, ou qui lui en donne.

Le Portugal était occupé de ses grandes navigations et de ses succès en Afrique ; il ne prenait aucune part aux événements de l’Italie, qui alarmaient le reste de l’Europe.