Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/176

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Numa, quand Théodose eut détruit le fameux temple de Sérapis en Égypte, quelques prêtres égyptiens se joignirent à ceux de Cybèle et de la déesse de Syrie, et allèrent demander l’aumône comme ont fait depuis nos ordres mendiants. Mais des chrétiens ne les auraient pas assistés ; il fallut donc qu’ils mêlassent le métier de charlatans à celui de pèlerins : ils exerçaient la chiromancie, et formaient des danses singulières. Les hommes veulent être amusés et trompés ; ainsi ce ramas d’anciens prêtres s’est perpétué jusqu’à nos jours : telle a été la fin de l’ancienne religion d’Osiris et d’Isis, dont les noms impriment encore du respect. Cette religion, tout emblématique, et toute vénérable dans son origine, était, dès le temps de Cyrus, un mélange de superstitions ridicules. Elle devint encore plus méprisable sous les Ptolémées, et tomba dans le dernier avilissement sous les Romains : elle a fini par être abandonnée à des troupes de voleurs. Il arrivera peut-être aux Juifs la même catastrophe : quand la société des hommes sera perfectionnée, quand chaque peuple fera le commerce par lui-même et ne partagera plus les fruits de son travail avec ces courtiers errants, alors le nombre des Juifs diminuera nécessairement. Les riches commencent parmi eux à mépriser leurs superstitions ; elles ne seront plus que le partage d’un peuple sans arts et sans lois, qui, ne trouvant plus à s’enrichir par notre négligence, ne pourra plus faire une société séparée, et qui, n’entendant plus son ancien jargon corrompu, mêlé d’hébraïque et de syriaque, ignorant alors jusqu’à ses livres, se confondra avec la lie des autres peuples.

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CHAPITRE CV.


Suite de l’état de l’Europe au xve siècle. De l’Italie. De l’assassinat de Galéas Sforce dans une église. De l’assassinat des Médicis dans une église ; de la part que Sixte IV eut à cette conjuration.

Des montagnes du Dauphiné au fond de l’Italie voici quelles étaient les puissances, les intérêts et les mœurs des nations.

L’État de la Savoie, moins étendu qu’aujourd’hui, n’ayant