Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/179

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Riario, qu’il faisait passer pour ses neveux, étaient en effet ses enfants ; ni avec Michel Brutus, s’il les avait fait naître lorsqu’il était cordelier. Il suffit, pour l’intelligence des faits, de savoir qu’il sacrifiait tout pour l’agrandissement de Jérôme Riario, l’un de ces prétendus neveux. Nous avons déjà observé que le domaine du saint-siége n’était pas à beaucoup près aussi étendu qu’aujourd’hui. Sixte IV voulut dépouiller les seigneurs d’Imola et de Forli pour enrichir Jérôme de leurs États. Les deux frères Médicis secoururent de leur argent ces petits princes, et les soutinrent. Le pape crut que pour dominer dans l’Italie il fallait qu’il exterminât les Médicis. Un banquier florentin établi à Rome, nommé Pazzi, ennemi des deux frères, proposa au pape de les assassiner. Le cardinal Raphaël Riario, frère de Jérôme, fut envoyé à Florence pour diriger la conspiration, et Salviati, archevêque de Florence, en dressa tout le plan. Le prêtre Stephano, attaché à cet archevêque, se chargea d’être un des assassins. On choisit la solennité d’une grande fête dans l’église de Santa-Reparata pour égorger les Médicis et leurs amis, comme les assassins du duc Galéas Sforce avaient choisi la cathédrale de Milan, et le jour de Saint-Étienne, pour massacrer ce prince au pied de l’autel. Le moment de l’élévation de l’hostie fut celui qu’on prit pour le meurtre, afin que le peuple, attentif et prosterné, ne pût en empêcher l’exécution. En effet, dans cet instant même, Julien de Médicis fut tué par un frère de Pazzi et par d’autres conjurés. Le prêtre Stephano blessa Laurent, qui eut assez de force pour se retirer dans la sacristie.

Quand on voit un pape, un archevêque, un prêtre, méditer un tel crime, et choisir pour l’exécution le moment où leur Dieu se montre dans le temple, on ne peut douter de l’athéisme qui régnait alors. Certainement s’ils avaient cru que leur Créateur leur apparaissait sous, le pain sacré, ils n’auraient osé lui insulter à ce point. Le peuple adorait ce mystère ; les grands et les hommes d’État s’en moquaient, toute l’histoire de ces temps-là le démontre. Ils pensaient comme on pensait à Rome du temps de César : leurs passions concluaient qu’il n’y a aucune religion. Ils faisaient tous ce détestable raisonnement : Les hommes m’ont enseigné des mensonges, donc il n’y a point de Dieu. Ainsi la religion naturelle fut éteinte dans presque tous ceux qui gouvernaient alors ; et jamais siècle ne fut plus fécond en assassinats, en empoisonnements, en trahisons, en débauches monstrueuses.

Les Florentins, qui aimaient les Médicis, les vengèrent par le supplice de tous les coupables qu’ils rencontrèrent. L’archevêque