Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/223

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saires de Glocester, et laissa entrevoir qu’il ne prêterait jamais son ministère à ce crime. Glocester, voyant un tel secret en des mains si dangereuses, n’hésita pas un moment sur ce qu’il devait faire. Le conseil d’État était assemblé dans la Tour ; Hastings y assistait : Glocester entre avec des satellites : « Je t’arrête pour tes crimes, dit-il au lord Hastings. — Qui ? moi, milord ? répondit l’accusé. — Oui, toi, traître », dit le duc de Glocester ; et dans l’instant il lui fit trancher la tête en présence du conseil.

Délivré ainsi de celui qui savait son secret, et méprisant les formes des lois avec lesquelles on colorait en Angleterre tous les attentats, il rassemble des malheureux de la lie du peuple, qui crient dans l’hôtel de ville qu’ils veulent avoir Richard de Glocester pour monarque. Un maire de Londres va le lendemain, suivi de cette populace, lui offrir la couronne. Il l’accepte ; il se fait couronner sans assembler de parlement, sans prétexter la moindre raison. Il se contente de semer le bruit que le roi Édouard IV, son frère, était né d’adultère, et ne se fit point de scrupule de déshonorer sa mère, qui était vivante. De telles raisons n’étaient inventées que pour la vile populace. Les intrigues, la séduction, et la crainte, contenaient les seigneurs du royaume, non moins méprisables que le peuple.

(1483) À peine fut-il couronné qu’un nommé Tirrel étrangla, dit-on, dans la Tour, le jeune roi et son frère. La nation le sut, et ne fit que murmurer en secret ; tant les hommes changent avec les temps ! Glocester, sous le nom de Richard III, jouit deux ans et demi du fruit du plus grand des crimes que l’Angleterre eût encore vus, tout accoutumée qu’elle était à ces horreurs. M. Walpole révoque en doute ce double crime. Mais sous le règne de Charles II, on retrouva les ossements de ces deux enfants précisément au même endroit où l’on disait qu’ils avaient été enterrés. Peut-être dans la foule des forfaits qu’on impute à ce tyran, il en est qu’il n’a pas commis ; mais si l’on a fait de lui des jugements téméraires, c’est lui qui en est coupable. Il est certain qu’il enferma ses neveux dans la Tour ; ils ne parurent plus, c’est à lui d’en répondre[1].

Dans cette courte jouissance du trône, il assembla un parlement, dans lequel il osa faire examiner son droit. Il y a des temps

  1. Voyez à la fin du cinquième volume de l’Histoire d’Angleterre, de Lingard, une longue dissertation sur ce point. Lingard prouve la culpabilité de Richard. Quant aux détails de l’assassinat, on les tient de la bouche même des meurtriers, Tyrrel, Forest, et Dighton. (G. A.)