Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/249

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l’Italie, et de l’autre résister aux inondations des Turcs. L’Allemagne trouvait cet avantage avec Albert II, duc d’Autriche, roi de Bohême et de Hongrie ; et c’est ce qui fixa la dignité impériale dans sa maison ; le trône y fut héréditaire sans cesser d’être électif. Albert et ses successeurs furent choisis parce qu’ils avaient de grands domaines ; et Rodolphe de Habsbourg, tige de cette maison, avait été élu parce qu’il n’en avait point. La raison en est palpable : Rodolphe fut choisi dans un temps où les maisons de Saxe et de Souabe avaient fait craindre le despotisme ; et Albert II, dans un temps où Ion croyait la maison d’Autriche assez puissante pour défendre l’empire, et non assez pour l’asservir.

Frédéric III eut l’empire à ce titre. L’Allemagne, de son temps, fut dans la langueur et dans la tranquillité. Il ne fut pas aussi puissant qu’il aurait pu l’être ; et nous avons vu qu’il était bien loin d’être souverain de la chrétienté, comme le porte son épitaphe.

Maximilien Ier, n’étant encore que roi des Romains, commença la carrière la plus glorieuse par la victoire de Guinegaste en Flandre, qu’il remporta contre les Français, et par le traité de 1492, qui lui assura la Franche-Comté, l’Artois, et le Charolais (1476). Mais, ne tirant rien des Pays-Bas qui appartenaient à son fils Philippe le Beau, rien des peuples de l’Allemagne, et peu de chose de ses États tenus en échec par la France, il n’aurait jamais eu de crédit en Italie sans la figue de Cambrai, et sans Louis XII, qui travailla pour lui.

(1508) D’abord le pape et les Vénitiens l’empêchèrent de venir se faire couronner à Rome ; et il prit le titre d’empereur élu, ne pouvant être empereur couronné par le pape (1513), On le vit, depuis la ligue de Cambrai, recevoir une solde de cent écus par jour du roi d’Angleterre Henri VIII. Il avait dans ses États d’Allemagne des hommes avec lesquels on pouvait combattre les Turcs ; mais il n’avait pas les trésors avec lesquels la France, l’Angleterre, et l’Italie, combattaient alors.

L’Allemagne était devenue véritablement une république de princes et de villes, quoique le chef s’expliquât dans ses édits en maître absolu de l’univers. Elle était dès l’an 1500 divisée en dix cercles[1] ; et les directeurs de ces cercles étant des princes souverains, les généraux et les colonels de ces cercles étant payés par les provinces et non par l’empereur, cet établissement, qui liait

  1. Ces dix cercles étaient : l’Autriche, la Bavière, la Souabe, la Franconie, le Haut-Rhin, le Palatinat du Rhin, la Westphalie, la Basse-Saxe, la Haute-Saxe et la Bourgogne. (G. A.)