Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/281

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Ces nouveaux périls rendent la bataille de Cérisoles infructueuse : le roi de France est obligé de rappeler une grande partie de cette armée victorieuse pour venir défendre les frontières septentrionales du royaume.

La France était plus en danger que jamais : Charles était déjà à Soissons, et le roi d’Angleterre prenait Boulogne ; on tremblait pour Paris. Le luthéranisme fit alors le salut de la France, et la servit mieux que les Turcs, sur qui le roi avait tant compté. Les princes luthériens d’Allemagne s’unissaient alors contre Charles-Quint, dont ils craignaient le despotisme ; ils étaient en armes. Charles, pressant la France, et pressé dans l’empire, fit la paix à Crépy-en-Valois (1544), pour aller combattre ses sujets en Allemagne.

Par cette paix, il promit encore le Milanais au duc d’Orléans, fils du roi, qui devait être son gendre ; mais la destinée ne voulait pas qu’un prince de France eût cette province ; et la mort du duc d’Orléans épargna à l’empereur l’embarras d’une nouvelle violation de sa parole.

(1546) François Ier acheta bientôt après la paix avec l’Angleterre pour huit cent mille écus. Voilà ses derniers exploits ; voilà le fruit des desseins qu’il eut sur Naples et Milan toute sa vie. Il fut en tout la victime du bonheur de Charles-Quint : car il mourut, quelques mois après Henri VIII, de cette maladie alors presque incurable que la découverte du nouveau monde avait transplantée en Europe. C’est ainsi que les événements sont enchaînés : un pilote génois donne un univers à l’Espagne ; la nature a mis dans les îles de ces climats lointains un poison qui infecte les sources de la vie ; et il faut qu’un roi de France en périsse. Il laisse en mourant une discorde trop durable, non pas entre la France et l’Allemagne, mais entre la maison de France et celle d’Autriche.

La France, sous ce prince, commençait à sortir de la barbarie, et la langue prenait un tour moins gothique. Il reste encore quelques petits ouvrages de ce temps, qui, s’ils ne sont pas réguliers, ont du sel et de la naïveté : comme quelques épigrammes de l’évêque Saint-Gelais, de Clément Marot, de François Ier même. Il écrivit, dit-on, sous un portrait d’Agnès Sorel :

Gentille Agnès plus d’honneur en mérite,
La cause étant de France recouvrer,
Que ce que peut dedans un cloître ouvrer
Close nonnain ou bien dévot ermite.