Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/333

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héritière du royaume sa cousine Jeanne Grey, descendante de Henri VII, au préjudice de Marie, sa sœur, fille de Henri VIII et de Catherine d’Espagne. Jeanne Grey fut proclamée à Londres ; mais le parti et le droit de Marie l’emportèrent. À peine y eut-il une guerre. Marie enferma sa rivale dans la Tour avec la princesse Élisabeth, qui régna depuis avec tant de gloire.

Beaucoup plus de sang fut répandu par les bourreaux que par les soldats. Le père, le beau-père, l’époux de Jeanne Grey, elle-même enfin, furent condamnés à perdre la tête. Voilà la troisième reine expirant en Angleterre par le dernier supplice. Elle n’avait que dix-sept ans ; on l’avait forcée à recevoir la couronne ; tout parlait en sa faveur, et Marie devait craindre l’exemple trop fréquent de passer du trône à l’échafaud. Mais rien ne la retint ; elle était aussi cruelle que Henri VIII. Sombre et tranquille dans ses barbaries, autant que Henri son père était emporté, elle eut un autre genre de tyrannie.

Attachée à la communion romaine, toujours irritée du divorce de sa mère, elle commença par convoquer, à force d’adresse et d’argent, une chambre des communes toute catholique. Les pairs, qui, pour la plupart, n’avaient de religion que celle du prince, ne furent pas difficiles à gagner. Il arriva en matière de religion ce qu’on avait vu en politique dans les guerres de la rose blanche et de la rose rouge. Le parlement avait condamné tour à tour les Yorks et les Lancastres. Il poursuivit sous Henri VIII les protestants ; il les encouragea sous Édouard VI ; il les brûla sous Marie. On a demandé souvent pourquoi ce supplice horrible du feu est chez les chrétiens le châtiment de ceux qui ne pensent pas comme l’Église dominante, tandis que les plus grands crimes sont punis d’une mort plus douce. L’évêque Burnet en donne pour raison que, comme on croyait les hérétiques condamnés à être brûlés éternellement dans l’enfer, quoique leur corps n’y fût point avant la résurrection, on pensait imiter la justice divine en brûlant leur corps sur la terre[1].

(1553) L’archevêque de Cantorbéry, Cranmer, qui avait beaucoup servi Henri VIII dans son divorce, ne fut pas condamné pour ce dangereux service, mais pour être protestant. Il eut la

  1. Gilbert Burnet, fougueux partisan de la réforme, professeur de théologie à Glasgow, fut nommé par Guillaume III évêque de Salisbury, où il mourut en 1689. Son principal ouvrage, qui embrasse plus d’un demi-siècle, de 1509 à 1589, a pour titre : The History of the reformation of the Church of England (London, 1679 et 1683, 2 vol. in-folio). Il a été traduit en français par M. de Rosemond (Londres, 1683 et 1685), et en latin par un anonyme (Genève, 1686 et 1689, in-4°). (E.B.)