Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/336

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Leur ambition attisa le feu que les disputes de religion allumaient ; il y eut beaucoup de sang répandu comme ailleurs. Les Écossais, qui étaient alors un des peuples les plus pauvres et les moins industrieux de l’Europe, auraient bien mieux fait de s’appliquer à fertiliser par leur travail leur terre ingrate et stérile, et à se procurer au moins par la pêche une subsistance qui leur manquait, que d’ensanglanter leur malheureux pays pour des opinions étrangères et pour l’intérêt de quelques ambitieux. Ils ajoutèrent ce nouveau malheur à celui de l’indigence où ils étaient alors.

(1559) La reine régente, mère de Marie Stuart, crut étouffer la réforme en faisant venir des troupes de France ; mais elle établit par cela même le changement qu’elle voulait empêcher. Le parlement d’Écosse, indigné de voir le pays rempli de soldats étrangers, obligea la régente de les renvoyer ; il abolit la religion romaine, et établit la confession de foi de Genève.

Marie Stuart, veuve du roi de France François II, princesse faible, née seulement pour l’amour, forcée par Catherine de Médicis, qui craignait sa beauté, de quitter la France et de retourner en Écosse, ne retrouva qu’une contrée malheureuse, divisée par le fanatisme. Vous verrez comme elle augmenta par ses faiblesses les malheurs de son pays.

Le calvinisme enfin l’a emporté en Écosse, malgré les évêques catholiques, et ensuite malgré les évêques anglicans. Il est aujourd’hui presque aboli en France, du moins il n’y est plus toléré. Tout a été révolution depuis le XVIe siècle, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Suède, en Danemark, en Hollande, en Suisse, et en France.

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CHAPITRE CXXXVIII.


De la religion en France, sous François Ier et ses successeurs.


Les Français depuis Charles VII étaient regardés à Rome comme des schismatiques, à cause de la pragmatique sanction faite à Bourges, conformément aux décrets du concile de Bâle, ennemi de la papauté. Le plus grand objet de cette pragmatique était l’usage des élections parmi les ecclésiastiques, usage encou-