Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/358

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liers de livrer aux flammes ceux que les inquisiteurs condamneraient comme hérétiques obstinés, et de laisser dans une prison perpétuelle ceux que l’Inquisition déclarerait repentants.

Frédéric II, malgré cette politique, n’en fut pas moins persécuté ; et les papes se servirent depuis, contre les droits de l’empire, des armes qu’il leur avait données.

En 1255 le pape Alexandre III établit l’Inquisition en France, sous le roi saint Louis. Le gardien des cordeliers de Paris et le provincial des dominicains étaient les grands inquisiteurs. Ils devaient, par la bulle d’Alexandre, consulter les évêques ; mais ils n’en dépendaient pas : cette étrange juridiction, donnée à des hommes qui font vœu de renoncer au monde, indigna le clergé et les laïques. Un cordelier inquisiteur assista au jugement des templiers ; mais bientôt le soulèvement de tous les esprits ne laissa à ces moines qu’un titre inutile.

En Italie les papes avaient plus de crédit, parce que, tout désobéis qu’ils étaient dans Rome, tout éloignés qu’ils en furent longtemps, ils étaient toujours à la tête de la faction guelfe contre celle des gibelins ; ils se servirent de cette Inquisition contre les partisans de l’empire (1302), car le pape Jean XXII fit procéder par des moines inquisiteurs contre Matthieu Visconti, seigneur de Milan, dont le crime était d’être attaché à l’empereur Louis de Bavière. Le dévouement du vassal à son suzerain fut déclaré hérésie : la maison d’Este, celle de Malatesta, furent traitées de même pour la même cause ; et si le supplice ne suivit pas la sentence, c’est qu’il était alors plus aisé aux papes d’avoir des inquisiteurs que des armées.

Plus ce tribunal s’établit, et plus les évêques, qui se voyaient enlever un droit qui semblait leur appartenir, le réclamèrent vivement : les papes les associèrent aux moines inquisiteurs qui exerçaient pleinement leur autorité dans presque tous les États d’Italie, et dont les évêques ne furent que les assesseurs.

(1289) Sur la fin du XIIIe siècle, Venise avait déjà reçu l’Inquisition ; mais si ailleurs elle était toute dépendante du pape, elle fut dans l’État vénitien soumise au sénat : la plus sage précaution qu’il prit fut que les amendes et les confiscations n’appartinssent pas aux inquisiteurs. On croyait modérer leur zèle, en leur ôtant la tentation de s’enrichir par leurs jugements ; mais, comme l’envie de faire valoir les droits de son ministère est chez les hommes une passion aussi forte que l’avarice, les entreprises des inquisiteurs obligèrent le sénat longtemps après, au XVIe siècle, d’ordonner que l’Inquisition ne pourrait jamais faire de procédure sans