Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/380

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion

ciples de saint Jean, qui n’avaient jamais connu l’Évangile : ce sont ceux qu’on nomme les Sabéens.

Quand on a pénétré ensuite par la mer orientale de l’Inde à la Chine, au Japon, et quand on a vécu dans l’intérieur du pays, les mœurs, la religion, les usages des Chinois, des Japonais, des Siamois, ont été mieux connus de nous que ne l’étaient auparavant ceux de nos contrées limitrophes dans nos siècles de barbarie.

C’est un objet digne de l’attention d’un philosophe que cette différence entre les usages de l’Orient et les nôtres, aussi grande qu’entre nos langages. Les peuples les plus policés de ces vastes contrées n’ont rien de notre police ; leurs arts ne sont point les nôtres. Nourriture, vêtements, maisons, jardins, lois, culte, bienséances, tout diffère. Y a-t-il rien de plus opposé à nos coutumes que la manière dont les banians trafiquent dans l’Indoustan ? Les marchés les plus considérables se concluent sans parler, sans écrire ; tout se fait par signes. Comment tant d’usages orientaux ne différeraient-ils pas des nôtres ? La nature, dont le fond est partout le même, a de prodigieuses différences dans leur climat et dans le nôtre. On est nubile à sept ou huit ans dans l’Inde méridionale. Les mariages contractés à cet âge y sont communs. Ces enfants, qui deviennent pères, jouissent de la mesure de raison que la nature leur accorde dans un âge où la nôtre est à peine développée.

Tous ces peuples ne nous ressemblent que par les passions, et par la raison universelle qui contre-balance les passions, et qui imprime cette loi dans tous les cœurs : « Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît. » Ce sont là les deux caractères que la nature empreint dans tant de races d’hommes différentes, et les deux liens éternels dont elle les unit, malgré tout ce qui les divise. Tout le reste est le fruit du sol de la terre, et de la coutume.

Là c’était la ville de Pégu, gardée par des crocodiles qui nagent dans des fossés pleins d’eau. Ici c’était Java, où des femmes montaient la garde au palais du roi. À Siam, la possession d’un éléphant blanc fait la gloire du royaume. Point de blé au Malabar. Le pain, le vin, sont ignorés dans toutes les îles. On voit dans une des Philippines un arbre dont le fruit peut remplacer le pain. Dans les îles Mariannes l’usage du feu était inconnu.

Il est vrai qu’il faut lire avec un esprit de doute presque toutes les relations qui nous viennent de ces pays éloignés. On est plus occupé à nous envoyer des côtes de Coromandel et de Malabar des marchandises que des vérités. Un cas particulier est souvent