Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/439

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domination portugaise, et ils ont résisté également à leurs anciens et à leurs nouveaux maîtres.

Si on en croit la Relacion abreviada, le général portugais d’Andrado écrivait, dès l’an 1750, au général espagnol Valderios : « Les jésuites sont les seuls rebelles. Leurs Indiens ont attaqué deux fois la forteresse portugaise du Pardo avec une artillerie très-bien servie. » La même relation ajoute que ces Indiens ont coupé les têtes à leurs prisonniers, et les ont portées à leurs commandants jésuites. Si cette accusation est vraie, elle n’est guère vraisemblable.

Ce qui est plus sûr, c’est que leur province de Saint-Nicolas s’est soulevée en 1757, et a mis treize mille combattants en campagne, sous les ordres de deux jésuites, Lamp et Tadeo. C’est l’origine du bruit qui courut alors qu’un jésuite s’était fait roi du Paraguai sous le nom de Nicolas Ier[1].

Pendant que ces religieux faisaient la guerre en Amérique aux rois d’Espagne et de Portugal, ils étaient en Europe les confesseurs de ces princes. Mais enfin ils ont été accusés de rébellion et de parricide à Lisbonne : ils ont été chassés du Portugal en 1758 ; le gouvernement portugais en a purgé toutes ses colonies d’Amérique ; ils ont été chassés de tous les États du roi d’Espagne, dans l’ancien et dans le nouveau monde ; les parlements de France les ont détruits par un arrêt ; le pape a éteint l’ordre par une bulle ; et la terre a appris enfin qu’on peut abolir tous les moines sans rien craindre.

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CHAPITRE CLV.


État de l’Asie au temps des découvertes des Portugais.


Tandis que l’Espagne jouissait de la conquête de la moitié de l’Amérique, que le Portugal dominait sur les côtes de l’Afrique et de l’Asie, que le commerce de l’Europe prenait une face si nou-

  1. Il existe une Histoire de Nicolas 1er, roi du Paraguai et empereur des Mamelus : Saint-Paul, 1756, in-12. Malgré cela, Voltaire reconnaît lui-même ailleurs (Lettre à madame de Lutzelbourg, du 12 avril 1756) « qu’il n’y a point de roi Nicolas ». Mais, ajoute-t-il, « il n’en est pas moins vrai que les jésuites sont autant de rois au Paraguai ». (B.)