Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/441

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mença la vingt et unième famille ou dynastie, nommée Ming, des empereurs chinois. Elle a régné deux cent soixante et seize ans ; mais enfin elle a succombé sous les descendants de ces mêmes Tartares qu’elle avait chassés. Il a toujours fallu qu’à la longue le peuple le plus instruit, le plus riche, le plus policé, ait cédé partout au peuple sauvage, pauvre et robuste. Il n’y a eu que l’artillerie perfectionnée qui ait pu enfin égaler les faibles aux forts, et contenir les barbares. Nous avons observé, au premier chapitre, que les Chinois ne faisaient point encore usage du canon, quoiqu’ils connussent la poudre depuis si longtemps.

Le restaurateur de l’empire chinois prit le nom de Taï-tsong, et rendit ce nom célèbre par les armes et par les lois (1635). Une de ses premières attentions fut de réprimer les bonzes, qu’il connaissait d’autant mieux qu’il les avait servis. Il défendit qu’aucun Chinois n’embrassât la profession de bonze avant quarante ans, et porta la même loi pour les bonzesses. C’est ce que le czar Pierre le Grand a fait de nos jours en Russie. Mais cet amour invincible de sa profession, et cet esprit qui anime tous les grands corps, ont fait triompher bientôt les bonzes chinois et les moines russes d’une loi sage ; il a toujours été plus aisé dans tous les pays d’abolir des coutumes invétérées que de les restreindre. Nous avons déjà remarqué[1] que le pape Léon Ier avait porté cette même loi, que le fanatisme a toujours bravée.

Il paraît que Taï-tsong, ce second fondateur de la Chine, regardait la propagation comme le premier des devoirs : car, en diminuant le nombre des bonzes, dont la plupart n’étaient pas mariés, il eut soin d’exclure de tous les emplois les eunuques, qui auparavant gouvernaient le palais et amollissaient la nation.

Quoique la race de Gengis eût été chassée de la Chine, ces anciens vainqueurs étaient toujours très-redoutables. Un empereur chinois, nommé Yng-tsong, fut fait prisonnier par eux, et amené captif dans le fond de la Tartarie, en 1444. L’empire chinois paya pour lui une rançon immense. Ce prince reprit sa liberté, mais non pas sa couronne ; et il attendit paisiblement, pour remonter sur le trône, la mort de son frère, qui régnait pendant sa captivité.

L’intérieur de l’empire fut tranquille. L’histoire rapporte qu’il ne fut troublé que par un bonze qui voulut faire soulever les peuples, et qui eut la tête tranchée.

La religion de l’empereur et des lettrés ne changea point. On

  1. Chapitre cxxxix.