Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/453

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ni les procédures ; on plaide sa cause soi-même, et la maxime qu’une courte injustice est plus supportable qu’une justice longue et épineuse a prévalu chez tous ces peuples qui, policés longtemps avant nous, ont été moins raffinés en tout que nous ne le sommes.

La religion mahométane d’Ali, dominante en Perse, permettait un libre exercice à toutes les autres. Il y avait encore dans Ispahan des restes d’anciens Perses ignicoles, qui ne furent chassés de la capitale que sous le règne de Sha-Abbas. Ils étaient répandus sur les frontières, et particulièrement dans l’ancienne Assyrie, partie de l’Arménie haute où réside encore leur grand-prêtre. Plusieurs familles de ces dix tribus et demie, de ces Juifs samaritains transportés par Salmanazar du temps d’Osée, subsistaient encore en Perse ; et il y avait, au temps dont je parle, près de dix mille familles des tribus de Juda, de Lévi, et de Benjamin, emmenées de Jérusalem avec Sédécias leur roi par Nabuchodonosor, et qui ne revinrent point avec Esdras et Néhémie.

Quelques sabéens disciples de saint Jean-Baptiste, desquels on a déjà parlé[1], étaient répandus vers le golfe Persique. Les chrétiens arméniens du rite grec faisaient le plus grand nombre ; les nestoriens composaient le plus petit ; les Indiens de la religion des bramins remplissaient Ispahan ; on en comptait plus de vingt mille. La plupart étaient de ces banians qui, du cap de Comorin jusqu’à la mer Caspienne, vont trafiquer avec vingt nations, sans s’être jamais mêlés à aucune.

Enfin toutes ces religions étaient vues de bon œil en Perse, excepté la secte d’Omar, qui était celle de leurs ennemis. C’est ainsi que le gouvernement d’Angleterre admet toutes les sectes, et tolère à peine le catholicisme, qu’il redoute.

L’empire persan craignait avec raison la Turquie, à laquelle il n’est comparable ni par la population, ni par l’étendue. La terre n’y est pas si fertile, et la mer lui manquait. Le port d’Ormus ne lui appartenait point alors. Les Portugais s’en étaient emparés en 1507. Une petite nation européane dominait sur le golfe Persique, et fermait le commerce maritime à toute la Perse. Il a fallu que le grand Sha-Abbas, tout-puissant qu’il était, ait eu recours aux Anglais pour chasser les Portugais en 1622. Les peuples d’Europe ont fait par leur marine le destin de toutes les côtes où ils ont abordé.

Si le terroir de la Perse n’est pas si fertile que celui de la Tur-

  1. Chapitre cxliii.