Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/508

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imprudemment choisi pour asile, Marie eut la tête tranchée dans une chambre de sa prison tendue de noir (le 28 février 1587). Élisabeth sentait qu’elle faisait une action très-condamnable, et elle la rendit encore plus odieuse en voulant tromper le monde, qu’elle ne trompa point, en affectant de plaindre celle qu’elle avait fait mourir, en prétendant qu’on avait passé ses ordres, et en faisant mettre en prison le secrétaire d’État, qui avait, disait-elle, fait exécuter trop tôt l’ordre signé par elle-même. L’Europe eut en horreur sa cruauté et sa dissimulation. On estima son règne, mais on détesta son caractère. Ce qui condamna davantage Élisabeth, c’est qu’elle n’était point forcée à cette barbarie ; on pouvait même prétendre que la conservation de Marie lui était nécessaire pour lui répondre des attentats de ses partisans. Si cette action flétrit la mémoire d’Élisabeth, il y a une imbécillité fanatique à canoniser Marie Stuart comme une martyre de la religion : elle ne le fut que de son adultère, du meurtre de son mari, et de son imprudence ; ses fautes et ses infortunes ressemblèrent parfaitement à celles de Jeanne de Naples : toutes deux belles et spirituelles, entraînées dans le crime par faiblesse, toutes deux mises à mort par leurs parents. L’histoire ramène souvent les mêmes malheurs, les mêmes attentats, et le crime puni par le crime.

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CHAPITRE CLXX.


De la France vers la fin du xvie siècle, sous François II.


Tandis que l’Espagne intimidait l’Europe par sa vaste puissance, et que l’Angleterre jouait le second rôle en lui résistant, la France était déchirée, faible, et prête d’être démembrée ; elle était loin d’avoir en Europe de l’influence et du crédit. Les guerres civiles la rendirent dépendante de tous ses voisins. Ces temps de fureur, d’avilissement, et de calamités, ont fourni plus de volumes que n’en contient toute l’histoire romaine. Quelles furent les causes de tant de malheurs ? la religion, l’ambition, le défaut de bonnes lois, un mauvais gouvernement.

Henri II, par ses rigueurs contre les sectaires, et surtout par la condamnation du conseiller Anne du Bourg, exécuté après