Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/553

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laissa en France que les traces des plus horribles dissolutions : ce trait peint l’esprit du temps.

C’était bien alors que les moines pouvaient écrire que l’évêque de Rome avait le droit de déposer les rois : ce droit était prêt d’être constaté à main armée.

Henri IV avait toujours à combattre l’Espagne, Rome, et la France : car le duc de Parme, en se retirant, avait laissé huit mille soldats au duc de Mayenne. Un neveu du pape entre en France avec des troupes italiennes et des monitoires ; il se joint au duc de Savoie dans le Dauphiné. Lesdiguières, celui qui fut depuis le dernier connétable de France et le dernier seigneur puissant, battit les troupes savoisiennes et celles du pape. Il faisait la guerre comme Henri IV, avec des capitaines qui ne servaient qu’un temps : cependant il défit ces armées réglées. Tout était alors soldat en France, paysan, artisan, bourgeois : c’est ce qui la dévasta ; mais c’est ce qui l’empêcha enfin d’être la proie de ses voisins. Les soldats du pape se dissipèrent, après n’avoir donné que des exemples d’une débauche inconnue au delà de leurs Alpes. Les habitants des campagnes brûlaient les chèvres qui suivaient leurs régiments.

Philippe II, du fond de son palais, continuait à entretenir et ménager la dissension, toujours donnant au duc de Mayenne de petits secours, afin qu’il ne fût ni trop faible ni trop puissant, et prodiguant l’or dans Paris pour y faire reconnaître sa fille, Claire-Eugénie, reine de France, avec le prince qu’il lui donnera pour époux. C’est dans ces vues qu’il envoie encore le duc de Parme en France, lorsque Henri IV assiège Rouen, comme il l’avait envoyé pendant le siége de Paris. Il promettait à la Ligue qu’il ferait marcher une armée de cinquante mille hommes dès que sa fille serait reine. Henri, après avoir levé le siége de Rouen, fait encore sortir de France le duc de Parme.

Cependant il s’en fallut peu que la faction des Seize, pensionnaire de Philippe II, ne remplît enfin les projets de ce monarque, et n’achevât la ruine entière du royaume. Ils avaient fait pendre (novembre 1591) le premier président du parlement de Paris et deux magistrats qui s’opposaient à leurs complots. Le duc de Mayenne, prêt à être accablé lui-même par cette faction, avait fait pendre quatre de ces séditieux à son tour. C’était au milieu de ces divisions et de ces horreurs, après la mort du prétendu Charles X, que se tenaient à Paris les états généraux, sous la direction d’un légat du pape et d’un ambassadeur d’Espagne : le légat même y présida, et s’assit dans le fauteuil qu’on avait