Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/573

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



PREMIÈRE LETTRE.


Il ne se sauve point de laquais, ou pour le moins fort peu quia ne soient dévalisés, ou les lettres ouvertes. Il est arrivé sept ou huit gentilshommes de ceux qui étaient à l’armée étrangère, qui assurent comme est vrai (car l’un est M. de Monlouet, frère deb Rambouillet, qui était un des députés pour traiter), qu’il n’y a pas dix gentilshommes qui aient promis de ne porter les armes. M. de Rouillon n’a point promis : bref, il ne s’est rien perdu qui ne se recouvre pour de l’argent. M. de Mayennec a fait un acte de quoi il ne sera guère loué : il a tué Sacremore (lui demandant récompense de ses services) à coups de poignard ; l’on me mande que ne le voulant contenter, il craignit qu’étant mal content, il ne découvrit ses secrets, qu’il savait tous, même l’entreprise contre la personne du roi, de quoi il était chef de l’exécution[1]. Dieu les veut vaincre par eux-mêmes, car c’était le plus utile serviteur qu’ils eussent : il fut enterré qu’il n’était pas encore mort. Sur ce mot vient d’arriver Morlans, et un laquais de mon cousin qui ont été dévalisés des lettres et des habillementsd. M. de Turenne sera ici demain : il a pris autour de Syjac dix-huit forts en trois jours ; je ferai peut-être quelque chose de meilleur bientôt, s’il plaît à Dieu. Le bruit de ma mort allant à Pau et à Meaux a couru à Parise et quelques prêcheurs en leurs sermons la mettaient pour un des bonheurs que Dieu leur avait promis. Adieu, mon âmef. Je vousg baise un million de fois les mains.

De Montauban, ce 14 janvier.


Variantes.


a Qu’ils ne soient dévalisés. — b Frère des Rambouillet. — c M. Dumeyne (du Maine). — d De lettres et d’habillements. — e Allant à Pau et Maux, courut à Paris. — f Ces mots : Adieu, mon âme, sont omis dans le « Mercure ». — g Je te baise, etc.

  1. Rien n’est si curieux que cette anecdote. Ce Sacremore était Birague de son nom. Cette aventure prouve que le duc de Mayenne était bien plus méchant et plus cruel que tous les historiens ne le dépeignent : ce qui n’est pas extraordinaire dans un chef de parti. La lettre est de 1587. (Note de Voltaire.)