Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/591

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pendant la paix ; des impôts que Henri avait épargnés à son peuple, lorsqu’il se préparait à la guerre la plus importante ; les levées tyranniques de ces impôts, qui n’enrichissaient que des traitants ; les fortunes odieuses de ces traitants, que le duc de Sully avait éloignés, et qui, sous les ministères suivants, s’engraissèrent du sang du peuple.

À ces vices qui faisaient languir le corps politique se joignaient ceux qui lui donnaient souvent de violentes secousses. Les gouverneurs des provinces, qui n’étaient que les lieutenants de Henri IV, voulaient être indépendants de Louis XIII. Leurs droits ou leurs usurpations étaient immenses : ils donnaient toutes les places ; les gentilshommes pauvres s’attachaient à eux, très-peu au roi, et encore moins à l’État. Chaque gouverneur de province tirait de son gouvernement de quoi pouvoir entretenir des troupes, au lieu de la garde que Henri IV leur avait ôtée. La Guienne valait au duc d’Épernon un million de livres, qui répondent à près de deux millions d’aujourd’hui, et même à près de quatre, si on considère l’enchérissement de toutes les denrées.

Nous venons de voir ce sujet protéger la reine mère, faire la guerre au roi, en recevoir la paix avec hauteur. Le maréchal de Lesdiguières avait, trois ans auparavant, en 1616, signalé sa grandeur et la faiblesse du trône d’une manière glorieuse. On l’avait vu lever une véritable armée à ses dépens, ou plutôt à ceux du Dauphiné, province dont il n’était pas même gouverneur, mais simplement lieutenant général ; mener cette armée dans les Alpes, malgré les défenses positives et réitérées de la cour ; secourir contre les Espagnols le duc de Savoie que cette cour abandonnait, et revenir triomphant. La France alors était remplie de seigneurs puissants, comme du temps de Henri III, et n’en était que plus faible.

Il n’est pas étonnant que la France manquât alors la plus heureuse occasion qui se fût présentée depuis le temps de Charles-Quint de mettre des bornes à la puissance de la maison d’Autriche, en secourant l’électeur palatin élu roi de Bohême, en tenant la balance de l’Allemagne suivant le plan de Henri IV, auquel se conformèrent depuis les cardinaux de Richelieu et Mazarin. La cour avait conçu trop d’ombrage des réformés de France pour protéger les protestants d’Allemagne. Elle craignait que les huguenots ne fissent en France ce que les protestants faisaient dans l’empire. Mais si le gouvernement avait été ferme et puissant comme sous Henri IV, dans les dernières années de Richelieu, et sous Louis XIV, il eût aidé les protestants d’Allemagne et contenu ceux de France. Le ministère de Luines