Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/97

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on tient que les Génois, pour quelques milliers de besants d’or, livrèrent l’Europe. D’autres prétendent qu’on se servit de vaisseaux grecs. Amurat passe, et va jusqu’à Andrinople, où les Turcs s’établissent, menaçant de là toute la chrétienté (1378). L’empereur Jean Paléologue Ier court à Rome baiser les pieds du pape Urbain V : il reconnaît sa primatie ; il s’humilie pour obtenir par sa médiation des secours que la situation de l’Europe et les funestes exemples des croisades ne permettaient plus de donner. Après avoir inutilement fléchi devant le pape, il revient ramper sous Amurat. Il fait un traité avec lui, non comme un roi avec un roi, mais comme un esclave avec un maître. Il sert à la fois de lieutenant et d’otage au conquérant turc ; et après que Paléologue, de concert avec Amurat, a fait crever les yeux à son fils aîné, dont ils se défiaient également, l’empereur donne son second fils au sultan. Ce fils, nommé Manuel, sert Amurat contre les chrétiens, et le suit dans ses armées. Cet Amurat donna à la milice des janissaires, déjà instituée, la forme qui subsiste encore.

(1389) Ayant été assassiné dans le cours de ses victoires, son fils Bajazet Ilderim, ou Bajazet le Foudre, lui succéda. La honte et l’abaissement des empereurs grecs furent à leur comble. Andronic, ce malheureux fils de Paléologue, à qui son père avait crevé les yeux, s’enfuit vers Bajazet, et implore sa protection contre son père et contre Manuel son frère. Bajazet lui donne quatre mille chevaux, et les Génois, toujours maîtres de Galata, l’assistent d’hommes et d’argent. Andronic, avec les Turcs et les Génois, se rend maître de Constantinople et enferme son père.

Le père, au bout de deux ans, reprend la pourpre, et fait élever une citadelle près de Galata, pour arrêter Bajazet, qui déjà projetait le siége de la ville impériale. Bajazet lui ordonne de démolir la citadelle, et de recevoir un cadi turc dans la ville pour y juger les marchands turcs qui y étaient domiciliés. L’empereur obéit. Cependant Bajazet, laissant derrière lui Constantinople, comme une proie sur laquelle il devait retomber, s’avance au milieu de la Hongrie. (1396) C’est là qu’il défait, comme je l’ai déjà dit[1] l’armée chrétienne, et ces braves Français commandés par l’empereur d’Occident Sigismond. Les Français, avant la bataille, avaient tué leurs prisonniers turcs : ainsi on ne doit pas s’étonner que Bajazet, après sa victoire, eût fait à son tour égorger les Français qui lui avaient donné ce cruel exemple[2]. Il n’en réserva

  1. Chapitre lxxii.
  2. Dix mille hommes furent massacrés. (G. A.)