Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome13.djvu/566

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mêlera plus des affaires civiles, qu’il ne fera aucune acquisition de terres sans le consentement des états, que les protestants seront admis à toutes les charges. Cette condescendance de l’empereur irrite les catholiques ; il se voit réduit à recevoir la loi de son frère.

Il lui cède, le 11 mai, la Hongrie, l’Autriche, la Moravie ; il se réserve seulement, dans ce triste accord, l’usufruit de la Bohême et la suzeraineté de la Silésie. Il se dépouillait de ce qu’il avait gouverné avec faiblesse, et qu’il ne pouvait plus garder. Son frère n’acquérait d’abord en effet que de nouveaux embarras. Il avait à se concilier les protestants de l’Autriche, qui demandaient, les armes à la main, à leur nouveau maître l’exercice libre de leur religion, et auxquels il fallut l’accorder, du moins hors des villes. Il avait à ménager les Hongrois, qui ne voulaient pas qu’aucun Allemand eût chez eux de charge publique. Mathias fut obligé d’ôter aux Allemands leurs emplois en Hongrie. Voilà comme il tâchait de s’affermir pour être en état de résister enfin à la puissance ottomane.

1609. Plus la religion protestante gagnait de terrain dans les domaines autrichiens, plus elle devenait puissante en Allemagne. La succession de Clèves et de Juliers mit aux mains les deux partis, qui s’étaient longtemps ménagés depuis la paix de Passau. Elle fit renaître une ligue protestante plus dangereuse que celle de Smalcalde, et produisit une ligue catholique. Ces deux factions furent prêtes de ruiner l’empire.

Les maisons de Brandebourg, de Neufbourg, de Deux-Ponts, de Saxe, et enfin Charles d’Autriche, marquis de Burgau, se disputaient l’héritage de Jean-Guillaume, dernier duc de Clèves, Berg, et Juliers, mort sans enfants.

L’empereur crut mettre la paix entre les prétendants, en séquestrant les États que l’on disputait. Il envoie l’archiduc Léopold, son cousin, prendre possession du duché de Clèves ; mais d’abord l’électeur de Brandebourg, Jean-Sigismond, s’accorde avec le duc de Neubourg, son compétiteur, pour s’y opposer. L’affaire devient bientôt une querelle des princes protestants avec la maison d’Autriche. Les princes de Brandebourg et de Neubourg, déjà en possession, et unis par le danger en attendant que l’intérêt les divisât, soutenus de l’électeur palatin Frédéric IV, implorent le secours de Henri IV, roi de France.

Alors se formèrent les deux ligues opposées : la protestante, qui soutenait les maisons de Brandebourg et de Neubourg ; la catholique, qui prenait le parti de la maison d’Autriche. L’élec-