Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/205

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l’avoua lui-même ; mais il prévit que la France ne manquerait pas une si belle occasion de le seconder. L’intérêt de la France semblait être alors de favoriser contre l’Autriche, son ancien allié, l’électeur de Bavière, dont le père[1] avait tout perdu autrefois pour elle après la bataille d’Hochstedt. Ce même électeur de Bavière, Charles-Albert, avait été retenu prisonnier dans son enfance par les Autrichiens, qui lui avaient ravi jusqu’à son nom de Bavière. La France trouvait son avantage à le venger ; il paraissait aisé de lui procurer à la fois l’empire et une partie de la succession autrichienne : par là on enlevait à la nouvelle maison d’Autriche-Lorraine cette supériorité que l’ancienne avait affectée sur tous les autres potentats de l’Europe ; on anéantissait cette vieille rivalité entre les Bourbons et les Autrichiens ; on faisait plus que Henri IV et le cardinal de Richelieu n’avaient pu espérer.

Frédéric III[2], en partant pour la Silésie[3], entrevit le premier cette révolution, dont aucun fondement n’était encore jeté : il est si vrai qu’il n’avait pris aucune mesure avec le cardinal de Fleury que le marquis de Beauvau, envoyé par le roi de France à Berlin pour complimenter le nouveau monarque, ne sut, quand il vit les premiers mouvements des troupes de Prusse, si elles étaient destinées contre la France ou contre l’Autriche. Le roi Frédéric lui dit en partant : « Je vais, je crois, jouer votre jeu : si les as me viennent, nous partagerons[4]. »

Ce fut là le seul commencement de la négociation encore éloi-

  1. Maximilien-Marie ; voyez tome XIII, pages 214, 603, 608-609.
  2. Annales de l’Empire, à la fin, liste des électeurs de Brandebourg. Voltaire nomme encore le grand Frédéric, Frédéric III, ce qui n’a point prévalu. L’histoire, et Voltaire lui-même dans ses Mémoires, le nomment Frédéric II. Voici une liste exacte des rois de Prusse selon leur nom et leur ordre de succession.
    Ier roi. Frédéric Ier, né à Kœnigsberg en 1657, couronné roi de Prusse au commencement de 1701, mort en 1713.
    IIe — Frédéric-Guillaume Ier, né en 1688, succède à son père le 25 février 1713, meurt le 31 mai 1740.
    IIIe — Frédéric II, surnommé le Grand, né le 24 janvier 1712, le troisième fils du précédent, auquel il succéda immédiatement ; mort le 17 auguste 1786.
    IVe — Frédéric-Guillaume II, neveu du grand Frédéric, né le 25 septembre 1744, mort le 16 novembre 1797.
    Ve — Frédéric-Guillaume III, fils du précédent, né le 3 auguste 1770, roi depuis 1797. (Cl.) — Voyez une note du chapitre xvii.
  3. 15 décembre 1740.
  4. L’auteur était en ce temps-là auprès du roi de Prusse. Il peut assurer que le cardinal de Fleury ignorait absolument à quel prince il avait affaire. (Note de Voltaire.) — Voltaire parle ici de sa première visite à Frédéric, au château de Mailand, prés Vesel. (G. A.)