Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/262

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Italie pour don Philippe. Une révolution étonnante en Angleterre menaçait déjà le trône du roi Georges II, comme on le verra dans la suite ; mais la reine de Hongrie jouissait d’une autre gloire et d’un autre avantage, qui ne coûtait point de sang, et qui remplit la première et la plus chère de ses vues : elle n’avait jamais perdu l’espérance du trône impérial pour son mari, du vivant même de l’empereur Charles VII[1] ; et après la mort de cet empereur, elle s’en crut assurée, malgré le roi de Prusse qui lui faisait la guerre, malgré l’électeur palatin qui lui refusait sa voix, et malgré une armée française qui n’était pas loin de Francfort, et qui pouvait empêcher l’élection : c’était cette même armée commandée d’abord par le maréchal de Maillebois, et qui passa, au commencement de mai 1745, sous les ordres du prince de Conti. Mais on en avait tiré vingt mille hommes pour l’armée de Fontenoy. Le prince ne put empêcher la jonction de toutes les troupes que la reine de Hongrie avait dans cette partie de l’Allemagne, et qui vinrent couvrir Francfort, où l’élection se fit comme en pleine paix.

Ainsi la France manqua le grand objet de la guerre, qui était d’ôter le trône impérial à la maison d’Autriche[2]. L’élection se fit le 13 septembre 1745. Le roi de Prusse fit protester de nullité par ses ambassadeurs ; l’électeur palatin, dont l’armée autrichienne avait ravagé les terres, protesta de même : les ambassadeurs électoraux de ces deux princes se retirèrent de Francfort ; mais l’élection ne fut pas moins faite dans les formes : car il est dit dans la bulle d’or que « si des électeurs ou leurs ambassadeurs se retirent du lieu de l’élection avant que le roi des Romains, futur empereur, soit élu, ils seront privés cette fois de leur droit de suffrage, comme étant censés l’avoir abandonné[3] ».

La reine de Hongrie, désormais impératrice, vint à Francfort jouir de son triomphe et du couronnement de son époux. Elle vit, du haut d’un balcon, la cérémonie de l’entrée ; elle fut la première à crier vivat, et tout le peuple lui répondit par des acclamations de joie et de tendresse. (4 octobre) Ce fut le plus beau jour de sa vie. Elle alla voir ensuite son armée, rangée en bataille

  1. Les éditions portent : « du vivant même de Charles VII. » Voyez l’Avertissement de Beuchot.
  2. Le nouveau ministre des affaires étrangères, le marquis d’Argenson, avait présenté au roi, avant la campagne, un Mémoire où il lui conseillait de mener en Allemagne, et non pas en Flandre, sa principale armée. C’eût été le seul moyen de décider l’électeur de Saxe, candidat de la France, à accepter l’empire. Mais Louis XV prétendit qu’on ne pouvait atteindre Marie-Thérèse que dans les Pays-Bas. (G. A.)
  3. L’Autriche eut pour elle les voix des trois électeurs ecclésiastiques, celle de Hanovre, et celle même de Saxe.