Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/270

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Monaco, le marquis de Vaubecourt, le comte de Balleroi, furent blessés dangereusement.

Cette bataille ne fut que du sang inutilement répandu, et une calamité de plus pour tous les partis. Aucun ne gagne ni ne perdit de terrain. Chacun prit ses quartiers. L’armée battue avança même jusqu’à Tongres ; l’armée victorieuse s’étendit de Louvain dans ses conquêtes, et alla jouir du repos auquel la saison, d’ordinaire, force les hommes dans ces pays, en attendant que le printemps ramène les cruautés et les malheurs que l’hiver a suspendus.


CHAPITRE XIX.

SUCCÈS DE L’INFANT DON PHILIPPE ET DU MARÉCHAL DE MAILLEBOIS, SUIVIS DES PLUS GRANDS DÉSASTRES.


Il n’en était pas ainsi dans l’Italie et vers les Alpes. Il s’y passait alors une scène extraordinaire. Les plus tristes revers avaient succédé aux prospérités les plus rapides. La maison de France perdait en Italie plus qu’elle ne gagnait en Flandre, et les pertes semblaient même plus irréparables que les succès de Flandre ne paraissaient utiles. Car alors le véritable objet de la guerre était l’établissement de don Philippe. Si on était vaincu en Italie, il n’y avait plus de ressources pour cet établissement, et on avait beau être vainqueur en Flandre, on sentait bien que tôt ou tard il faudrait rendre les conquêtes, et qu’elles n’étaient que comme un gage, une sûreté passagère qui indemnisait des pertes qu’on faisait ailleurs. Les cercles d’Allemagne ne prenaient part à rien, les Lords du Rhin étaient tranquilles : c’était en effet l’Espagne qui était devenue enfin la partie principale dans la guerre. On ne combattait presque plus sur terre et sur mer que pour elle. La cour d’Espagne n’avait jamais perdu de vue Parme, Plaisance, et le Milanais. De tant d’États disputés à l’héritière de la maison d’Autriche, il ne restait plus que ces provinces d’Italie sur lesquelles on pût faire valoir des droits.

Depuis la fondation de la monarchie, cette guerre est la seule dans laquelle la France ait été simplement auxiliaire ; elle le fut dans la cause de l’empereur Charles VII jusqu’à la mort