Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/292

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sumait sa jeunesse auprès de son père retiré à Rome. Il avait marqué plus d’une fois le désir d’exposer sa vie pour remonter au trône de ses pères. On l’avait appelé en France dès l’an 1742, et on avait tenté en vain de le faire débarquer en Angleterre[1]. Il attendait dans Paris quelque occasion favorable, pendant que la France s’épuisait d’hommes et d’argent en Allemagne, en Flandre, et en Italie. Les vicissitudes de cette guerre universelle ne permettaient plus qu’on pensât à lui ; il était sacrifié aux malheurs publics.

Ce prince, s’entretenant un jour avec le cardinal de Tencin, qui avait acheté sa nomination au cardinalat de l’ex-roi son père, Tencin lui dit : « Que ne tentez-vous de passer sur un vaisseau vers le nord de l’Écosse ? Votre seule présence pourra vous former un parti et une armée ; alors il faudra bien que la France vous donne des secours. »

Ce conseil hardi, conforme au courage de Charles-Édouard, le détermina. Il ne fit confidence de son dessein qu’à sept officiers, les uns Irlandais, les autres Écossais, qui voulurent courir sa fortune. L’un d’eux s’adresse à un négociant de Nantes nommé Walsh[2], d’une famille noble d’Irlande, attachée à la maison Stuart. Ce négociant avait une frégate de dix-huit canons sur laquelle le prince s’embarqua le 12 juin 1745, n’ayant, pour une expédition dans laquelle il s’agissait de la couronne de la Grande-Bretagne, que sept officiers, environ dix-huit cents sabres, douze cents fusils, et quarante-huit mille francs. La frégate était escortée d’un vaisseau de roi de soixante-quatre canons, nommé l’Élisabeth, qu’un armateur de Dunkerque avait armé en course. C’était alors l’usage que le ministère de la marine prêtât des vaisseaux de guerre aux armateurs et aux négociants qui payaient une somme au roi, et qui entretenaient l’équipage à leurs dépens pendant le temps de la course. Le ministre de la marine et le roi de France lui-même ignoraient à quoi ce vaisseau devait servir[3].

Le 20 juin, l’Élisabeth et la frégate, voguant de conserve, ren-

    sans postérité. Sa veuve, Louise-Maximilienne de Stolberg, connue sous le nom de comtesse d’Albany (nom qu’avait pris le prince en arrivant en Toscane), est morte le 29 janvier 1824. Son corps fut déposé dans le monument qu’elle avait fait élever au poëte Alfieri, à qui on croit qu’elle fut mariée secrètement. (B.)

  1. Ce n’est pas en 1742, mais en janvier 1744, qu’il vint en France. L’expédition ayant échoué, il se retira à Gravelines sous le nom de chevalier Douglas. (G. A.)
  2. Voyez l’Avertissement de Beuchot.
  3. On prétend, au contraire, que le vaisseau l’Élisabeth avait été mis à la disposition de Charles-Édouard par le gouvernement français. (G. A.)