Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/222

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faisant marcher après lui une armée de soixante et dix mille hommes. Les deux monarques firent de nouveaux plans de guerre. Le roi Auguste, détrôné, ne craignait plus d’irriter les Polonais en abandonnant leur pays aux troupes moscovites. Il fut résolu que l’armée du czar se diviserait en plusieurs corps pour arrêter le roi de Suède à chaque pas. Ce fut dans le temps de cette entrevue que le roi Auguste renouvela l’ordre de l’aigle blanc, faible ressource alors pour lui attacher quelques seigneurs polonais, plus avides d’avantages réels que d’un vain honneur qui devient ridicule quand on le tient d’un prince qui n’est roi que de nom. La conférence des deux rois finit d’une manière extraordinaire. Le czar partit soudainement, et laissa ses troupes à son allié, pour courir éteindre lui-même une rébellion dont il était menacé à Astracan. À peine était-il parti que le roi Auguste ordonna que Patkul fût arrêté à Dresde. Toute l’Europe fut surprise qu’il osât, contre le droit des gens, et en apparence contre ses intérêts, mettre en prison l’ambassadeur du seul prince qui le protégeait.

Voici le nœud secret de cet événement, selon ce que le maréchal de Saxe, fils du roi Auguste, m’a fait l’honneur de me dire. Patkul, proscrit en Suède pour avoir soutenu les priviléges de la Livonie, sa patrie, avait été général du roi Auguste ; mais son esprit vif et altier s’accommodant mal des hauteurs du général Flemming, favori du roi, plus impérieux et plus vif que lui, il avait passé au service du czar, dont il était alors général et ambassadeur auprès d’Auguste. C’était un esprit pénétrant ; il avait démêlé que les vues de Flemming et du chancelier de Saxe étaient de proposer la paix au roi de Suède à quelque prix que ce fût. Il forma aussitôt le dessein de les prévenir, et de ménager un accommodement entre le czar et la Suède. Le chancelier éventa son projet, et obtint qu’on se saisît de sa personne. Le roi Auguste dit au czar que Patkul était un perfide qui les trahissait tous deux. Il n’était pourtant coupable que d’avoir trop bien servi son nouveau maître ; mais un service rendu mal à propos est souvent puni comme une trahison.

Cependant, d’un côté, les soixante mille Russes, divisés en plusieurs petits corps, brûlaient et ravageaient les terres des partisans de Stanislas ; de l’autre, Schulenbourg s’avançait avec ses nouvelles troupes. La fortune des Suédois dissipa ces deux armées en moins de deux mois. Charles XII et Stanislas attaquèrent les corps séparés des Moscovites l’un après l’autre, mais si vivement qu’un général moscovite était battu avant qu’il sût la défaite de son compagnon.

Nul obstacle n’arrêtait le vainqueur : s’il se trouvait une rivière