Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/232

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donné à l’amitié. Cette inflexibilité eut quelque chose d’héroïque dans un prince qui d’ailleurs croyait le secret possible. Le roi Auguste, qui en fut informé, dit : « Je ne m’étonne pas que le roi de Suède ait tant d’indifférence pour la pierre philosophale ; il l’a trouvée en Saxe. »

Quand le czar eut appris l’étrange paix que le roi Auguste, malgré leurs traités, avait conclue à Alt-Rantstadt, et que Patkul, son ambassadeur plénipotentiaire, avait été livré au roi de Suède, au mépris des lois des nations, il fit éclater ses plaintes dans toutes les cours de l’Europe : il écrivit à l’empereur d’Allemagne, à la reine d’Angleterre, aux états généraux des Provinces-Unies : il appelait lâcheté et perfidie la nécessité douloureuse sous laquelle Auguste avait succombé ; il conjura toutes ces puissances d’interposer leur médiation pour lui faire rendre son ambassadeur, et pour prévenir l’affront qu’on allait faire en sa personne à toutes les têtes couronnées ; il les pressa, par le motif de leur honneur, de ne pas s’avilir jusqu’à donner de la paix d’Alt-Rantstadt une garantie que Charles XII leur arrachait en menaçant. Ces lettres n’eurent d’autre effet que de mieux faire voir la puissance du roi de Suède. L’empereur, l’Angleterre et la Hollande, avaient alors à soutenir contre la France une guerre ruineuse : ils ne jugèrent pas à propos d’irriter Charles XII par le refus de la vaine cérémonie de la garantie d’un traité. À l’égard du malheureux Patkul, il n’y eut pas une puissance qui interposât ses bons offices en sa faveur, et qui ne fît voir combien peu un sujet doit compter sur des rois, et combien tous les rois alors craignaient celui de Suède.

On proposa dans le conseil du czar d’user de représailles envers les officiers suédois, prisonniers à Moscou. Le czar ne voulut point consentir à une barbarie qui eût eu des suites si funestes : il y avait plus de Moscovites prisonniers en Suède que de Suédois en Moscovie.

Il chercha une vengeance plus utile. La grande armée de son ennemi était en Saxe sans agir. Levenhaupt, général du roi de Suède, qui était resté en Pologne à la tête d’environ vingt mille hommes, ne pouvait garder les passages dans un pays sans forteresses et plein de factions. Stanislas était au camp de Charles XII. L’empereur moscovite saisit cette conjoncture, et rentre en Pologne avec plus de soixante mille hommes : il les sépare en plusieurs corps, et marche avec un camp volant jusqu’à Léopol, où il n’y avait point de garnison suédoise. Toutes les villes de Pologne sont à celui qui se présente à leurs portes avec des troupes. Il fit