Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/337

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vaisseaux de guerre, et cent cinquante de transport, sur lesquels il y avait trente mille hommes. Il menaçait la Suède d’une descente : tantôt il avançait jusqu’à la côte d’Helsinbourg, tantôt il se présentait à la hauteur de Stockholm. Toute la Suède était en armes sur les côtes, et n’attendait que le moment de cette invasion. Dans ce même temps ses troupes de terre chassaient de poste en poste les Suédois des places qu’ils possédaient encore dans la Finlande, vers le golfe de Bothnie ; mais le czar ne poussa pas plus loin ses entreprises.

À l’embouchure de l’Oder, fleuve qui partage en deux la Poméranie, et qui, après avoir coulé sous Stetin, tombe dans la mer Baltique, est la petite île d’Usedom : cette place est très-importante par sa situation, qui commande l’Oder à droite et à gauche ; celui qui en est le maître l’est aussi de la navigation du fleuve. Le roi de Prusse avait délogé les Suédois de cette île, et s’en était saisi, aussi bien que de Stetin, qu’il gardait en séquestre, le tout, disait-il, pour l’amour de la paix[1]. Les Suédois avaient repris l’île d’Usedom au mois de mai 1715. Ils y avaient deux forts : l’un était le fort de la Suine, sur la branche de l’Oder qui porte ce nom ; l’autre, de plus de conséquence, était Pennamonder, sur l’autre cours de la rivière. Le roi de Suède n’avait, pour garder ces deux forts et toute l’île, que deux cent cinquante soldats poméraniens, commandés par un vieil officier suédois nommé Kuse-Slerp, dont le nom mérite d’être conservé.

Le roi de Prusse envoie, le 4 août, quinze cents hommes de pied et huit cents dragons pour débarquer dans l’île : ils arrivent et mettent pied à terre, sans opposition, du côté du fort de la Suine. Le commandant suédois leur abandonna ce fort comme le moins important ; et, ne pouvant partager le peu qu’il avait de monde, il se retira dans le château de Pennamonder avec sa petite troupe, résolu de se défendre jusqu’à la dernière extrémité.

Il fallut donc l’assiéger dans les formes. On embarque pour cet effet de l’artillerie à Stetin ; on renforce les troupes prussiennes de mille fantassins et de quatre cents cavaliers. Le 18 août on ouvre la tranchée en deux endroits, et la place est vivement battue par le canon et par les mortiers. Pendant le siége un soldat suédois, chargé en secret d’une lettre de Charles XII, trouva le moyen d’aborder dans l’île, et de s’introduire dans Pen-

  1. Il y avait eu entente avec la régence de Suède. Les Prussiens acceptaient de se retirer moyennant le remboursement de quarante mille écus. Charles aima mieux faire la guerre. (Manuscrits de la Bibliothèque nationale.)