Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/428

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soient. Les habitants des provinces conquises, savoir la Livonie, l’Estonie, l’Ingrie, la Carélie, et une partie de la Finlande ; l’Ukraine et les Cosaques du Tanaïs, les Calmoucks et d’autres Tartares, les Samoyèdes, les Lapons, les Ostiaks et tous les peuples idolâtres de la Sibérie, pays plus grand que la Chine, ne sont pas compris dans le dénombrement.

Par ce calcul, il est impossible que le total des habitants de la Russie ne montât au moins à vingt-quatre millions en 1759, lorsqu’on m’envoya de Pétersbourg ces Mémoires, tirés des archives de l’empire[1]. À ce compte, il y a huit personnes par mille carré. L’ambassadeur anglais dont j’ai parlé[2] n’en donne que cinq ; mais il n’avait pas sans doute des Mémoires aussi fidèles que ceux dont on a bien voulu me faire part.

Le terrain de la Russie est donc, proportion gardée, précisément cinq fois moins peuplé que l’Espagne ; mais il a près de quatre fois plus d’habitants : il est à peu près aussi peuplé que la France et que l’Allemagne ; mais en considérant sa vaste étendue, le nombre des peuples y est trente fois plus petit[3].

Il y a une remarque importante à faire sur ce dénombrement, c’est que de six millions six cent quarante mille contribuables, on en trouve à peu près neuf cent mille appartenants au clergé de la Russie, en n’y comprenant ni le clergé des pays conquis, ni celui de l’Ukraine et de la Sibérie.

Ainsi sur sept personnes contribuables le clergé en avait une ; mais il s’en faut bien qu’en possédant ce système ils jouissent de la septième partie des revenus de l’État, comme en tant d’autres royaumes, où ils ont au moins la septième partie de toutes les richesses : car leurs paysans payaient une capitation au souverain, et il faut compter pour beaucoup les autres revenus de la couronne de Russie dont le clergé ne touche rien.

Cette évaluation est très-différente de celle de tous les écrivains qui ont fait mention de la Russie ; les ministres étrangers qui ont envoyé des Mémoires à leurs souverains s’y sont tous trompés. Il faut fouiller dans les archives de l’empire.

  1. Voltaire, dans ses Questions sur l’Encyclopédie (voyez le Dictionnaire philosophique, au mot Dénombrement, section II, déclarait, en 1771, ne pas garantir cette évaluation. On porte aujourd’hui (1829) à soixante millions la population de tout l’empire russe, y compris 3,900,000 pour la Pologne, et 3,445,000 pour les possessions en Asie. (B.)
  2. Le comte de Carlisle. Voyez page 402.
  3. On compte aujourd’hui (1868) soixante-neuf millions d’habitants dans la Russie européenne. (G. A.)