Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/464

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convenait mal à la simplicité avec laquelle il comptait faire ses voyages. De plus, il était lié avec la plupart de toutes les puissances chez lesquelles il allait, excepté avec la France et avec Rome. Il se souvenait encore avec quelque dépit du peu d’égards que Louis XIV avait eu pour l’ambassade de 1687, qui n’eut pas autant de succès que de célébrité ; et enfin il prenait déjà le parti d’Auguste, électeur de Saxe, à qui le prince de Conti disputait la couronne de Pologne.


CHAPITRE IX.
VOYAGES DE PIERRE LE GRAND.

Le dessein étant pris de voir tant d’États et tant de cours, en simple particulier, il se mit lui-même[1] à la suite de trois ambassadeurs, comme il s’était mis à la suite de ses généraux à son entrée triomphante dans Moscou.

[2]Les trois ambassadeurs étaient le général Le Fort, le boïard Alexis Gollovin, commissaire général des guerres et gouverneur de la Sibérie, le même qui avait signé le traité d’une paix perpétuelle avec les plénipotentiaires de la Chine, sur les frontières de cet empire, et Vonitsin, diak ou secrétaire d’État, longtemps employé dans les cours étrangères. Quatre premiers secrétaires, douze gentilshommes, deux pages pour chaque ambassadeur, une compagnie de cinquante gardes, avec leurs officiers, tous du régiment Préobazinski, composaient la suite principale de cette ambassade ; il y avait en tout deux cents personnes, et le czar, se réservant pour tous domestiques un valet de chambre, un homme de livrée et un nain, se confondait dans la foule. C’était une chose inouïe dans l’histoire du monde qu’un roi de vingt-cinq ans qui abandonnait ses royaumes pour mieux régner. Sa victoire sur les Turcs et les Tartares, l’éclat de son entrée triomphante à Moscou, les nombreuses troupes étrangères affectionnées à son service, la mort d’Ivan son frère, la clôture

  1. 1697. (Note de Voltaire.)
  2. Mémoires de Pétersbourg et Mémoires de Le Fort, (Id.)