Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/472

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cienne fête de l’hôte et de l’hôtesse[1], que Léopold renouvela pour lui, et qui n’avait point été en usage pendant son règne. Cette fête, qui se nomme wurtchafft, se célèbre de cette manière. L’empereur est l’hôtelier, l’impératrice l’hôtelière, le roi des Romains, les archiducs, les archiduchesses, sont d’ordinaire les aides, et reçoivent dans l’hôtellerie toutes les nations vêtues à la plus ancienne mode de leur pays ; ceux qui sont appelés à la fête tirent au sort des billets. Sur chacun est écrit le nom de la nation et de la condition qu’on doit représenter. L’un a un billet de mandarin chinois, l’autre de mirza tartare, de satrape persan ou de sénateur romain ; une princesse tire un billet de jardinière ou de laitière ; un prince est paysan ou soldat. On forme des danses convenables à tous ces caractères. L’hôte, l’hôtesse, et sa famille, servent à table. Telle est l’ancienne institution[2] ; mais, dans cette occasion, le roi des Romains, Joseph, et la comtesse de Traun représentèrent les anciens Égyptiens ; l’archiduc Charles et la comtesse de Valstein figuraient les Flamands du temps de Charles-Quint. L’archiduchesse Marie-Élisabeth et le comte de Traun étaient en Tartares ; l’archiduchesse Joséphine avec le comte de Vorkla étaient à la persane ; l’archiduchesse Marianne et le prince Maximilien de Hanovre en paysans de la Nord-Hollande. Pierre s’habilla en paysan de Frise, et on ne lui adressa la parole qu’en cette qualité, en lui parlant toujours du grand czar de Russie. Ce sont de très-petites particularités ; mais ce qui rappelle les anciennes mœurs peut, à quelques égards, mériter qu’on en parle.

Pierre était prêt à partir de Vienne pour aller achever de s’instruire à Venise lorsqu’il eut la nouvelle d’une révolte qui troublait ses États.


  1. Voltaire a fait, en 1776, un divertissement intitulé l’Hôte et l’Hôtesse. Il en devait, comme il le dit, l’idée à cette ancienne fête de la cour de Vienne ; voyez tome VII de la présente édition.
  2. Manuscrits de Pétersbourg et de Le Fort. (Note de Voltaire.)