Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/50

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


malgré ses trésors du nouveau monde. C’est le sort des nations d’être presque toujours très-mal gouvernées ; l’ambition de quelques grands les plonge dans la guerre ; de misérables intrigues, qu’on appelle politique, troublent l’intérieur de l’État tandis que les frontières sont dévastées ; l’économie est abandonnée ; les factions se forment, et les remèdes quelles feignent d’apporter au mal sont les plus pernicieux de tous les maux.

Le ministère de France persistait toujours dans cette malheureuse méthode de chercher des secours d’un moment. On augmenta l’impôt sur le pied fourché[1] et sur d’autres denrées ; on créa douze nouvelles charges de maîtres des requêtes, et on demanda de payer d’avance le droit annuel appelé paulette[2]. Aurait-on pensé qu’une cause si légère dût produire le bouleversement de l’État ? Mais l’édifice était ébranlé, le moindre vent pouvait le renverser, La guerre civile qui désolait alors l’Angleterre, et qui fit tomber sous la hache d’un bourreau la tête de Charles Ier, avait commencé par un impôt de deux shellings par tonneau de marchandise.

Mazarin ne pensait pas qu’à l’occasion de son édit le parlement pût s’unir avec les maîtres des requêtes, auxquels il reprochait si souvent de faire casser ses arrêts au conseil. Était-il vraisemblable qu’il se joindrait à la chambre des comptes, contre laquelle il s’était battu dans l’église de Notre-Dame ? Il était jaloux du grand conseil, qui jugeait les compétences des parlements et qui leur avait enlevé toutes les affaires ecclésiastiques, excepté les appels comme d’abus. Pouvait-il s’entendre avec la cour des aides dont il avait vu avec chagrin le droit d’enregistrer les édits des finances, et de juger des affaires contentieuses dans cette partie ? Il était encore moins vraisemblable que les pairs du royaume, offensés de l’égalité que les présidents affectaient avec eux, prissent le parti d’une compagnie qui les avait aliénés. Ils se croyaient, en qualité de pairs, non-seulement les premiers du parlement, mais l’essence du parlement, qui sans eux n’était qu’un simple tribunal de justice contentieuse, et qui ne pouvait changer de nature que quand il était honoré de leur présence. Ainsi tout concourait à faire penser à la reine et à son ministre que le parlement n’aurait ni la hardiesse ni le crédit de résister à leurs volontés ; et cependant ils se trompèrent.

La malheureuse vénalité des charges introduite en France,

  1. Droit d’entrée sur les animaux à pied fendu ou fourché.
  2. Voyez le chapitre XLVII.