Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/511

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un Suédois qui venait à main armée dans leur pays, qui, après l’avoir quitté, ne pourrait plus les défendre, et qui les laisserait à la discrétion des Russes irrités, et des Polonais, autrefois leurs maîtres et toujours leurs ennemis : ils retournèrent chez eux, et donnèrent avis au czar de la défection de leur chef : il ne resta auprès de Mazeppa qu’environ deux régiments dont les officiers étaient à ses gages[1].

Il était encore maître de quelques places dans l’Ukraine, et surtout de Bathurin, lieu de sa résidence, regardée comme la capitale des Cosaques : elle est située près des forêts, sur la rivière Desna, mais fort loin du champ de bataille où Pierre avait vaincu Levenhaupt. Il y avait toujours quelques régiments russes dans ces quartiers. Le prince Menzikoff fut détaché de l’armée du czar ; il y arriva par de grands détours. Charles ne pouvait garder tous les passages, il ne les connaissait pas même ; il avait négligé de s’emparer du poste important de Strarodoub, qui mène droit à Bathurin, à travers sept ou huit lieues de forêts que la Desna traverse. Son ennemi avait toujours sur lui l’avantage de connaître le pays. Menzikoff passa aisément avec le prince Gallitziu ; on se présenta devant Bathurin[2] ; elle fut prise presque sans résistance, saccagée, et réduite en cendres : un magasin destiné pour le roi de Suède, et les trésors de Mazeppa, furent enlevés ; les Cosaques élurent un autre hetman, nommé Skoropaski, que le czar agréa. Il voulut qu’un appareil imposant fît sentir au peuple l’énormité de la trahison ; l’archevêque de Kiovie et deux autres excommunièrent publiquement Mazeppa ; il fut pendu en effigie[3], et quelques-uns de ses complices moururent par le supplice de la roue[4].

Cependant Charles XII, à la tête d’environ vingt-cinq à vingt-sept mille Suédois, ayant encore reçu les débris de l’armée de Levenhaupt, fortifié de deux ou trois mille hommes que Mazeppa lui avait amenés, et toujours séduit par l’espérance de faire déclarer toute l’Ukraine, passa la Desna loin de Bathurin et près du Borysthène[5], malgré les troupes du czar qui l’entouraient de

  1. Voltaire déguise encore ici la vérité pour plaire aux Puisses, car il dit au contraire, dans son Charles XII, que Mazeppa était arrivé sans forces parce que les Moscovites, prévenus, avaient taillé en pièces ses Cosaques, roué ses amis, brûlé ses villes, pillé ses trésors, etc. (G. A.)
  2. 14 novembre. (Note de Voltaire.)
  3. 22 novembre. (Id.)
  4. Cela vient ici trop tard. (G. A.)
  5. 15 novembre. (Note de Voltaire.)