Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/56

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livres à l’armée parisienne ; du régiment du coadjuteur, nommé le régiment de Corinthe, à cause du titre d’évêque de Corinthe que portait alors le cardinal de Retz ; de la défaite de ce régiment, appelée la première aux Corinthiens : enfin des chansons plaisantes satiriques qui célébraient les exploits des bourgeois de Paris.

La duchesse de Nemours dit que, dans une conférence accordée à quelques députés des rebelles, on leur fit accroire que le prince de Condé se faisait servir régulièrement à son dîner un plat d’oreilles de Parisiens. Malgré toutes ces plaisanteries, qui caractérisaient la nation, il y eut du sang répandu, des villages ruinés, des campagnes dévastées, un brigandage affreux, et beaucoup d’infortunés.

C’était dans ce temps-là même que le cardinal Mazarin venait de mettre la dernière main à la paix de Westphalie : il ajoutait l’Alsace à la France, et le parlement le déclarait ennemi de l’État et ordonnait qu’on lui courût sus.

Assez de livres sont remplis des détails de tous ces troubles, des factions de Paris, des intrigues de la cour, et de ce flux et reflux continuel de réconciliations et de ruptures : notre plan est de ne rapporter que ce qui concerne le parlement. Les Mémoires de la duchesse de Nemours nous apprennent qu’un des motifs qui avaient déterminé le grand Condé à favoriser Mazarin, et à se déclarer contre le parlement, fut qu’un jour ayant été aux chambres assemblées pour apaiser les troubles naissants, et ayant accompagné son discours d’un de ces gestes d’un général victorieux, qu’on pouvait prendre pour une menace, le conseiller Quatre-Sous lui dit que c’était un fort vilain geste dont il devrait se défaire. Les murmures de l’assemblée, que le cardinal de Retz appelle si souvent la cohue des enquêtes, excitèrent la colère du prince. Il fallut que ses amis l’excusassent auprès de Quatre-Sous ; mais à ce mouvement de colère s’était joint un motif plus noble, celui de secourir l’enfance du roi opprimée, et la reine régente outragée.

Toutes les guerres civiles qui avaient désolé la France furent plus funestes que celle de la Fronde ; mais on n’en vit jamais qui fût plus injuste, plus inconsidérée, ni plus ridicule. Un archevêque de Paris et une cour de judicature armés contre le roi, sans aucun prétexte plausible, étaient un événement dont il n’y avait point d’exemple, et qui probablement ne sera jamais imité.

Dans cette première petite guerre de la Fronde, on négocia beaucoup plus qu’on ne se battit ; c’était le génie du cardinal Mazarin. La cour envoya un héraut d’armes, accompagné d’un