Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/561

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den, dont Charles XII était dépouillé ; les Saxons étaient devant sa ville de Vismar ; Stetin était entre les mains du roi de Prusse[1] ; les Russes allaient assiéger Stralsund avec les Saxons, et ceux-ci étaient déjà dans l’île de Rugen ; le czar, au milieu de tant de négociations, était descendu en Finlande, pendant qu’on disputait ailleurs sur la neutralité et sur les partages. Après avoir lui-même pointé l’artillerie devant Stralsund, abandonnant le reste à ses alliés et au prince Menzikoff, il s’était embarqué, dans le mois de mai, sur la mer Baltique ; et, montant un vaisseau de cinquante canons, qu’il avait fait construire lui-même à Pétersbourg, il vogua vers la Finlande, suivi de quatre-vingt-douze galères, et de cent dix demi-galères, qui portaient seize mille combattants.

La descente se fit à Elsingford[2], qui est dans la partie la plus méridionale de cette froide et stérile contrée, par le 61e degré.

Cette descente réussit malgré toutes les difficultés. On feignit d’attaquer par un endroit, on descendit par un autre : on mit les troupes à terre, et l’on prit la ville. Le czar s’empara de Borgo, d’Abo, et fut maître de toute la côte. Il ne paraissait pas que les Suédois eussent désormais aucune ressource : car c’était dans ce temps-là même que l’armée suédoise commandée par Stenbock se rendait prisonnière de guerre. (Ci-dessus, page 548.)

Tous ces désastres de Charles XII furent suivis, comme nous l’avons vu, de la perte de Brême, de Verden, de Stetin, d’une partie de la Poméranie ; et enfin le roi Stanislas et Charles lui-même étaient prisonniers en Turquie ; cependant il n’était pas encore détrompé de l’idée de retourner en Pologne à la tête d’une armée ottomane, de remettre Stanislas sur le trône, et de faire trembler tous ses ennemis.


CHAPITRE V.

SUCCÈS DE PIERRE LE GRAND. RETOUR DE CHARLES XII DANS SES ÉTATS.

Pierre, suivant le cours de ses conquêtes, perfectionnait l’établissement de sa marine, faisait venir douze mille familles à Péters-

  1. Septembre 1713. (Note de Voltaire)
  2. 22 mai 1713, n. st. (Id.)