Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/578

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il ne le fut que de l’image d’un ministre qui s’était rendu célèbre dans l’Europe en l’agitant, et qui avait rendu à la France sa gloire perdue après la mort de Henri IV. On sait qu’il embrassa cette statue, et qu’il s’écria : « Grand homme, je t’aurais donné la moitié de mes États pour apprendre de toi à gouverner l’autre ! » Enfin, avant de partir, il voulut voir cette célèbre Mme de Maintenon, qu’il savait être veuve en effet de Louis XIV, et qui touchait à sa fin. Cette espèce de conformité entre le mariage de Louis XIV et le sien excitait vivement sa curiosité ; mais il y avait entre le roi de France et lui cette différence qu’il avait épousé publiquement une héroïne, et que Louis XIV n’avait eu en secret qu’une femme aimable. La czarine n’était pas de ce voyage : Pierre avait trop craint les embarras du cérémonial, et la curiosité d’une cour peu faite pour sentir le mérite d’une femme qui, des bords du Pruth à ceux de Finlande, avait affronté la mort à côté de son époux, sur mer et sur terre.


CHAPITRE IX.

RETOUR DU CZAR DANS SES ÉTATS. SA POLITIQUE, SES OCCUPATIONS.

La démarche que la Sorbonne fit auprès de lui, quand il alla voir le mausolée du cardinal de Richelieu, mérite d’être traitée à part.

Quelques docteurs de Sorbonne voulurent avoir la gloire de réunir l’Église grecque avec l’Église latine. Ceux qui connaissent l’antiquité savent assez que le christianisme est venu en Occident par les Grecs d’Asie ; que c’est en Orient qu’il est né, que les premiers pères, les premiers conciles, les premières liturgies, les premiers rites, tout est de l’Orient ; qu’il n’y a pas même un seul terme de dignité et d’office qui ne soit grec, et qui n’atteste encore aujourd’hui la source dont tout nous est venu. L’empire romain ayant été divisé, il était impossible qu’il n’y eût tôt ou tard deux religions, comme deux empires, et qu’on ne vît entre les chrétiens d’Orient et d’Occident le même schisme qu’entre les Osmanlis et les Persans.

C’est ce schisme que quelques docteurs de l’université de Paris crurent éteindre tout d’un coup en donnant un mémoire à Pierre