Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/631

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CHAPITRE XVII.
COURONNEMENT ET SACRE DE CATHERINE Ire. MORT DE PIERRE LE GRAND.

Pierre, au retour de son expédition de Perse, se vit plus que jamais l’arbitre du Nord. Il se déclara le protecteur de la famille de ce même Charles XII dont il avait été dix-huit ans l’ennemi. Il fit venir à la cour le duc de Holstein, neveu de ce monarque ; il lui destina sa fille aînée, et se prépara dès lors à soutenir ses droits sur le duché de Holstein-Slesvick ; il s’y engagea même dans un traité d’alliance qu’il conclut avec la Suède[1].

Il continuait les travaux commencés dans toute l’étendue de ses États, jusqu’au fond de Kamtschatka ; et pour mieux diriger ces travaux il établissait à Pétersbourg son académie des sciences[2]. Les arts florissaient de tous côtés ; les manufactures étaient encouragées, la marine augmentée, les armées bien entretenues, les lois observées ; il jouissait en paix de sa gloire ; il voulut la partager d’une manière nouvelle avec celle qui, en réparant le malheur de la campagne du Pruth, avait, disait-il, contribué à cette gloire même.

Ce fut à Moscou qu’il fit couronner et sacrer sa femme, Catherine[3], en présence de la duchesse de Courlande, fille de son frère aîné, et du duc de Holstein, qu’il allait faire son gendre. La déclaration qu’il publia mérite attention ; on y rappelle l’usage de plusieurs rois chrétiens de faire couronner leurs épouses ; on y rappelle les exemples des empereurs Basilide, Justinien, Héraclius, et Léon le Philosophe. L’empereur y spécifie les services rendus à l’État par Catherine, et surtout dans la guerre contre les Turcs, lorsque son armée réduite, dit-il, à vingt-deux mille hommes, en avait plus de deux cent mille à combattre. Il n’était point dit dans cette ordonnance que l’impératrice dût régner après lui ; mais il y préparait les esprits par cette cérémonie inusitée dans ses États.

Ce qui pouvait peut-être encore faire regarder Catherine comme destinée à posséder le trône après son époux, c’est que lui-même marcha devant elle à pied le jour du couronnement, en qualité

  1. Février 1724. (Note de Voltaire.)
  2. Février 1724. (Id.)
  3. 18 mai 1724. (Id.)