Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome16.djvu/649

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ORDONNANCE DE L’EMPEREUR PIERRE Ier,
POUR LE COURONNEMENT DE L’IMPÉRATRICE CATHERINE[1].

Nous, Pierre Ier, empereur et autocrateur de toute la Russie, etc., savoir faisons à tous les ecclésiastiques, officiers civils et militaires, et autres de la nation russienne, nos fidèles sujets : Personne n’ignore l’usage constant et perpétuel établi dans les royaumes de la chrétienté, suivant lequel les potentats font couronner leurs épouses, ainsi que cela se pratique actuellement, et l’a été diverses fois dans les temps reculés par les empereurs de la véritable croyance grecque ; savoir l’empereur Basilide, qui a fait couronner son épouse Zénobie ; l’empereur Justinien, son épouse Lupicine ; l’empereur Héraclius, son épouse Martine ; l’empereur Léon le Philosophe, son épouse Marie, et plusieurs autres qui ont pareillement fait mettre la couronne impériale sur la tête de leurs épouses, mais dont nous ne ferons point mention ici, à cause que cela nous mènerait trop loin.

Il est aussi connu jusqu’à quel point nous avons exposé notre propre personne, et affronté les dangers les plus éminents, en faveur de notre patrie, pendant le cours de la dernière guerre de vingt et un ans consécutifs ; laquelle nous avons terminée, par le secours de Dieu, d’une manière si honorable et si avantageuse que la Russie n’a jamais vu de pareille paix, ni acquis la gloire qu’on a remportée par cette guerre. L’impératrice Catherine, notre très-chère épouse, nous a été d’un grand secours dans tous ces dangers, non-seulement dans ladite guerre, mais encore dans quelques autres expéditions, où elle nous a accompagné volontairement, et nous a servi de conseil autant qu’il a été possible, nonobstant la faiblesse du sexe ; particulièrement à la bataille contre les Turcs, sur la rivière du Pruth, où notre armée était réduite à vingt-deux mille hommes, et celle des Turcs composée de deux cent soixante et dix mille hommes. Ce fut dans cette circonstance désespérée qu’elle signala surtout son zèle par un courage supérieur à son sexe, ainsi que cela est connu à toute l’armée et dans tout notre empire. À ces causes, et en vertu du pouvoir que Dieu nous a donné, nous avons résolu d’honorer notre épouse de la couronne impériale, en reconnaissance de toutes ses peines ; ce qui, s’il plaît à Dieu, sera accompli cet hiver à Moscou ; et nous donnons avis de cette résolution à tous nos fidèles sujets, en faveur desquels notre affection impériale est inaltérable.

FIN DES PIÈCES ORIGINALES.
  1. Voyez seconde partie, chapitre xvii, page 621.