Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome17.djvu/463

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On les portait en d’agréables lieux,
Ombrages frais, jardins délicieux.
Là se trouvaient tendrons en abondance,
Plus que maillés, et beaux par excellence,
Chaque réduit en avait à couper.
Si se venaient joliment attrouper
Près de ces gens, qui, leur boisson cuvée,
S’émerveillaient de voir cette couvée,
Et se croyaient habitants devenus
Des champs heureux qu’assigne à ses élus
Le faux Mahom. Lors de faire accointance.
Turcs d’approcher, tendrons d’entrer en danse,
Au gazouillis des ruisseaux de ces bois,
Au son des luths accompagnant les voix
Des rossignols : il n’est plaisir au monde
Qu’on ne goûtât dedans ce paradis
Les gens trouvaient en son charmant pourpris
Les meilleurs vins de la machine ronde,
Dont ne manquaient encor de s’enivrer.
Et de leurs sens perdre l’entier usage.
On les faisait aussitôt reporter
Au premier lieu. De tout ce tripotage
Qu’arrivait-il ? ils croyaient fermement
Que, quelque jour, de semblables délices
Les attendaient, pourvu que hardiment.
Sans redouter la mort ni les supplices,
Ils fissent chose agréable à Mahom,
Servant leur prince en toute occasion.
Par ce moyen leur prince pouvait dire
Qu’il avait gens à sa dévotion.
Déterminés, et qu’il n’était empire
Plus redouté que le sien ici-bas.

Tout cela est fort bon dans un conte de La Fontaine[1], aux vers faibles près ; et il y a cent anecdotes historiques qui n’auraient été bonnes que là.

SECTION II [2].

L’assassinat étant, après l’empoisonnement, le crime le plus lâche et le plus punissable, il n’est pas étonnant qu’il ait trouvé de nos jours un approbateur dans un homme dont la raison sin-

  1. Féronde, ou le Purgatoire.
  2. Questions sur l’Encyclopédie, deuxième partie, 1770. (B.)