Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome22.djvu/158

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de l’air est inconnue, mais celui qui a découvert ce ressort a rendu un grand service à la physique. Le ressort que j’ai découvert était plus caché, plus universel ; ainsi, on doit m’en savoir plus de gré. J’ai découvert une propriété de la matière, un des secrets du Créateur ; j’en ai calculé, j’en ai démontré les effets ; peut-on me chicaner sur le nom que je lui donne ?

Ce sont les tourbillons qu’on peut appeler une qualité occulte, puisqu’on n’a jamais prouvé leur existence. L’attraction au contraire est une chose réelle, puisqu’on en démontre les effets et qu’on en calcule les proportions. La cause de cette cause est dans le sein de Dieu. Procedes huc, et non ibis amplius[1].


LETTRE XVI[2].

sur l’optique de newton.

Un nouvel univers a été découvert par les philosophes du dernier siècle, et ce monde nouveau était d’autant plus difficile à connaître qu’on ne se doutait pas même qu’il existât. Il semblait aux plus sages que c’était une témérité d’oser seulement songer qu’on pût deviner par quelles lois les corps célestes se meuvent et comment la lumière agit.

Galilée, par ses découvertes astronomiques, Kepler, par ses calculs, Descartes, au moins dans sa Dioptrique, et Newton, dans tous ses ouvrages, ont vu la mécanique des ressorts du monde. Dans la géométrie, on a assujetti l’infini au calcul. La circulation du sang dans les animaux et de la sève dans les végétables a changé pour nous la nature. Une nouvelle manière d’exister a été donnée aux corps dans la machine pneumatique. Les objets se sont rapprochés de nos yeux à l’aide des télescopes. Enfin, ce que Newton a découvert sur la lumière est digne de tout ce que la curiosité des hommes pouvait attendre de plus hardi, après tant de nouveautés.

Jusqu’à Antonio de Dominis[3], l’arc-en-ciel avait paru un miracle inexplicable ; ce philosophe devina que c’était un effet nécessaire de la pluie et du soleil. Descartes rendit son nom immortel

  1. Voltaire a voulu sans doute citer ce passage de Job, xxxvii, 11 : Usque huc venies, et non procedes amplius.
  2. Voyez la note 3 de la page 132..
  3. Sur Antonio, ou Marco Antonio de Dominis, voyez le chapitre XI de la seconde partie des Éléments de la philosophie de Newton.