Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome22.djvu/182

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La nature, en vain bienfaisante,
Veut enrichir ces lieux charmants ;
Des Prêtres la main désolante
Étouffe ses plus beaux présents.
Les Monsignors, soi-disant grands,
Seuls dans leurs palais magnifiques,
Y sont d’illustres fainéants,
Sans argent et sans domestiques.
Pour les petits, sans liberté,
Martyrs du joug qui les domine,
Ils ont fait vœu de pauvreté,
Priant Dieu par oisiveté,
Et toujours jeûnant par famine.
Ces beaux lieux, du pape bénis,
Semblent habités par les diables,
Et les habitants misérables
Sont damnés dans le paradis.


[1]Je ne suis pas de l'avis de milord Harvey. Il y a des pays en Italie qui sont très-malheureux, parce que des étrangers s'y battent depuis longtemps à qui les gouvernera ; mais il y en a d'autres où l'on n'est ni si gueux ni si sot qu'il dit.


LETTRE XXI[2].
SUR LE COMTE DE ROCHESTER ET M. WALLER.

Tout le monde connaît la réputation[3] du comte de Rochester[4]. M. de Saint-Évremond en a beaucoup parlé ; mais il ne nous a fait connaître du fameux Rochester que l'homme de plaisir, l'homme à bonnes fortunes. Je voudrais faire connaître en lui

  1. Au lieu de ce dernier alinéa on lit dans l'édition de 1734 :

    « Peut-être dira-t-on que ces vers sont d’un hérétique ; mais on traduit tous les jours, et même assez mal, ceux d’Horace et de Juvénal, qui avaient le malheur d’être païens. Vous savez bien qu’un traducteur ne doit pas répondre des sentiments de son auteur ; tout ce qu’il peut faire, c’est de prier Dieu pour sa conversion, et c’est ce que je ne manque pas de faire pour celle du milord. »

    Dans l'édition de 1739, il n'y avait aucune ligne de prose après les vers. Ce qui suit aujourd'hui les vers formait une note en 1751, mais faisait partie du texte en 1752. (B.)

  2. Cette lettre formait, dans l'édition de Kehl, l'article Rochester et Waller du Dictionnaire philosophique.
  3. 1734. « Connaît de réputation le comte de Rochester. »
  4. Né en 1648, mort en 1680.