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LITTÉRAIRES. 425

plaisanteries, qu'il faut pardonner aux intéressés. Heureux ceux qui, lorsqu'ils sont outragés, se contentent de rire ! Vous savez, mon cher lecteur, que le public est alerte sur les fautes des gens de lettres comme sur l'orgueil, l'avarice, et les petites paillardises qu'on a quelquefois reprochées aux moines. Plus un état exige de circonspection, plus les faiblesses sont remarquées; et si les moines ont fait vœu de chasteté, d'humilité, et de pauvreté, les gens de lettres semblent avoir fait vœu de raison.

SEPTIÈME HONNÊTETÉ.

Lorsque le R. P. La Valette S alias Duclos, alias Lefèvre, eut fait sa première banqueroute, ad majorem Societatis gloriam ; lors- que des imprimeurs huguenots eurent rafraîchi les premières pages d'une vieille édition du R. P. Rusembaum-, que l'on fit passer pour nouvelle, et qu'ils eurent ainsi jeté, sans le savoir, la première pierre qui a servi à lapider la Société de Jésus ; lors- que ces Pères écrivaient en faveur de leur corps tant de petits livres qu'on ne lit plus ; lorsque quelques prélats, s'imaginant que la Société de Jésus était immortelle et invulnérable, lui firent leur cour très-maladroitement par quelques écrits ; lorsque le bourreau brûla, selon son usage, une belle lettre du révérendis- sime père en Dieu Jean-George Lefranc, évêque du Puy en Velay^ il y eut alors une inondation de brochures, et autant d'injures de part et d'autre qu'il y avait de jésuites en France...

La principale honnêteté fut entre les révérends pères domini- cains et les révérends pères jésuites. Les jésuites, dans un écrit intitulé Lettre d'un homme du monde à un théologien, page k, com- plimentèrent les jacobins sur leur frère Politien de Montepul- ciano *, qui , dit-on , empoisonna avec une hostie le méchant empereur Henri VII; sur le bienheureux Jacques Clément, ainsi nommé par la Ligue ; sur Edmond Bourgoin son prieur ; sur frères Pierre Argier et Ridicouse, roués tous deux à Paris.

Les jacobins répondirent à ce compliment par une longue énumération des martyrs de la Société ; et cette liste ne finissait

��1. Voyez tome XVI, page 100.

2. Voyez tome XII, page 559.

3. Lefranc de Pompignan (J.-G.), lors de la destruction des jésuites, fit une Lettre écrite au roi par M. l'évéque D. P. sur l'affaire des jésuites ; lld, in-12 de 43 pages. Il est à croire que c'est cet opuscule dont le faux-titre porte : Lettre d'un évêque au roi, que Voltaire désigne ici. (B.)

4. Voyez tome XI, pages 530-315 et XIII, 387.

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