Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/238

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de croix, comme un coquin d’esclave. Cela est barbare ; chaque nation a ses mœurs. De savoir si on lui cloua les pieds et les mains, c’est ce dont il faut peu s’embarrasser. Il est, ce me semble, assez difficile de trouver sur-le-champ un clou assez long pour percer deux pieds l’un sur l’autre, comme on le prétend ; mais les Juifs étaient bien capables de cette abominable atrocité.

Les disciples demeurèrent, aussi attachés à leur patriarche pendu que les quakers l’ont été à leur patriarche pilorié. Les voilà qui s’avisent, au bout de quelque temps, de répandre le bruit que leur maître est ressuscité en secret. Cette imagination fut d’autant mieux reçue chez les confrères que c’était précisément le temps de la grande querelle élevée entre les sectes juives pour savoir si la résurrection était possible ou non. Le platonisme, qui était fort en vogue dans Alexandrie, et que plusieurs Juifs étudièrent, secourut bientôt la secte naissante ; et de là tous les mystères, tous les dogmes absurdes dont elle fut farcie. C’est ce que nous allons développer.


CHAPITRE XII.

DE L’ÉTABLISSEMENT DE LA SECTE CHRÉTIENNE, ET PARTICULIÈREMENT DE PAUL.

Quand les premiers Galiléens se répandirent parmi la populace des Grecs et des Romains, ils trouvèrent cette populace infectée de toutes les traditions absurdes qui peuvent entrer dans des cervelles ignorantes qui aiment les fables ; des dieux déguisés en taureaux, en chevaux, en cygnes, en serpents, pour séduire des femmes et des filles. Les magistrats, les principaux citoyens, n’admettaient pas ces extravagances ; mais la populace s’en nourrissait, et c’était la canaille juive qui parlait à la canaille païenne. Il me semble voir chez nous les disciples de Fox disputer contre les disciples de Brown[1]. Il n’était pas difficile à des énergumènes juifs de faire croire leurs rêveries à des imbéciles qui croyaient des rêveries non moins impertinentes. L’attrait de la nouveauté attirait des esprits faibles, lassés de leurs anciennes sottises, et qui couraient à de nouvelles erreurs, comme la populace de la

  1. Évêque de Cork, dont il est parlé tome XVIII, page 19.