Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/237

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Ainsi s’établissent les opinions, les croyances, les sectes. Mais comment ces détestables fadaises ont-elles pu s’accréditer ? comment ont-elles renversé les autres fadaises des Grecs et des Romains, et enfin l’empire même ? comment ont-elles causé tant de maux, tant de guerres civiles, allumé tant de bûchers, et fait couler tant de sang ? C’est de quoi nous rendrons un compte exact.


CHAPITRE XI [1].

QUELLE IDÉE IL FAUT SE FORMER DE JÉSUS ET DE SES DISCIPLES.

Jésus est évidemment un paysan grossier de la Judée, plus éveillé, sans doute, que la plupart des habitants de son canton. Il voulut, sans savoir, à ce qu’il paraît, ni lire ni écrire, former une petite secte pour l’opposer à celles des récabites, des judaïtes, des thérapeutes, des esséniens, des pharisiens, des saducéens, des hérodiens : car tout était secte chez les malheureux Juifs, depuis leur établissement dans Alexandrie. Je l’ai déjà comparé à notre Fox[2], qui était comme lui un ignorant de la lie du peuple, prêchant quelquefois comme lui une bonne morale, et prêchant surtout l’égalité, qui flatte tant la canaille. Fox établit comme lui une société qui s’écarta peu de temps après de ses principes, supposé qu’il en eût. La même chose était arrivée à la secte de Jésus. Tous deux parlèrent ouvertement contre les prêtres de leur temps ; mais les lois étant plus humaines en Angleterre qu’en Judée, tout ce que les prêtres purent obtenir des juges, c’est qu’on mît Fox au pilori ; mais les prêtres juifs forcèrent le président Pilate à faire fouetter Jésus, et à le faire pendre à une potence en forme

    mencements, de dire que c’était un homme de bien injustement crucifié, comme depuis nous avons, nous et les autres chrétiens, assassiné tant d’hommes vertueux. Puis on s’enhardit ; on ose écrire que Dieu, l’a ressuscité. Bientôt après on fait sa légende. L’un suppose qu’il est allé au ciel et aux enfers ; l’autre dit qu’il viendra juger les vivants et les morts dans la vallée de Josaphat ; enfin on en fait un Dieu. On fait trois dieux. On pousse le sophisme jusqu’à dire que ces trois dieux n’en font qu’un. De ces trois dieux on en mange un, et on en boit un ; on le rend en urine et en matière fécale. On persécute, on brûle, on roue ceux qui nient ces horreurs ; et tout cela, pour que tel et tel jouissent en Angleterre de dix mille pièces d’or de rente, et qu’ils en aient bien davantage dans d’autres pays. (Note de Voltaire, 1771.)

  1. Ce chapitre n’était pas dans les éditions de Kehl. Il me fut communiqué en manuscrit, et je le croyais inédit lorsque je le publiai en 1818. Depuis je l’ai trouvé dans l’édition de 1776, dont j’ai parlé précédemment (page 195). (B.)
  2. Voyez page 221.