Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/287

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mon caractère, et qui a servi une souveraine vertueuse, ne s’avilira jamais jusqu’à prononcer le nom de Constantin sans horreur.

Zosime rapporte, et cela est bien vraisemblable, que Constantin, aussi faible que cruel, mêlant la superstition aux crimes, comme tant d’autres princes, crut trouver dans le christianisme l’expiation de ses forfaits. À la bonne heure que les évêques intéressés lui aient fait croire que le Dieu des chrétiens lui pardonnait tout, et lui saurait un gré infini de leur avoir donné de l’argent et des honneurs ; pour moi, je n’aurais point trouvé de Dieu qui eût reçu en grâce un cœur si fourbe et si inhumain ; il n’appartient qu’à des prêtres de canoniser l’assassin d’Urie chez les Juifs, et le meurtrier de sa femme et de son fils chez les chrétiens.

Le caractère de Constantin, son faste et ses cruautés, sont assez bien exprimés dans ces deux vers, qu’un de ses malheureux courtisans, nommé Ablavius, afficha à la porte du palais :

Saturni aurea secla quis requirat ?
Sunt hæc gemmea, sed Nevoniana
[1].

Qui peut regretter le siècle d’or de Saturne ?
Celui-ci est de pierreries, mais il est de Néron.

Mais qu’aurait dû dire cet Ablavius du zèle charitable des chrétiens, qui, dès qu’ils furent mis par Constantin en pleine liberté, assassinèrent Candidien, fils de l’empereur Galérius, un fils de l’empereur Maximien, âgé de huit ans, sa fille, âgée de sept, et noyèrent leur mère dans l’Oronte ? Ils poursuivirent longtemps la vieille impératrice Valérie, veuve de Galérius, qui fuyait leur vengeance. Ils l’atteignirent à Thessalonique, la massacrèrent, et jetèrent son corps dans la mer. C’est ainsi qu’ils signalèrent leur douceur évangélique ; et ils se plaignent d’avoir eu des martyrs !


CHAPITRE XXX.

DES QUERELLES CHRÉTIENNES AVANT CONSTANTIN ET SOUS SON RÈGNE.

Avant, pendant, et après Constantin, la secte chrétienne fut toujours divisée en plusieurs sectes, en plusieurs factions, et en

  1. Ces deux vers, qui ont été conservés par Sidoine Apollinaire (livre V, épître VIII), sont tout ce qui existe d’Ablavius.