Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/311

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TRADUCTION
D’UNE LETTRE DE MILORD BOLINGBROKE
À MILORD CORNSBURY [1].

Ne soyez point étonné, milord, que Grotius et Pascal aient eu les travers que nous leur reprochons. La vanité, la passion de se distinguer, et surtout celle de dominer sur l’esprit des autres ont corrompu bien des génies et obscurci bien des lumières.

Vous avez vu chez nous d’excellents conseillers de loi soutenir les causes les plus mauvaises. Notre Whiston, bon géomètre et très-savant homme, s’est rendu très-ridicule par ses systèmes. Descartes était certainement un excellent géomètre pour son temps ; cependant quelles sottises énormes n’a-t-il pas dites en physique et en métaphysique ? A-t-on jamais vu un roman plus extravagant que celui de son Monde ?

Le docteur Clarke passera toujours pour un excellent métaphysicien très-profond ; mais cela n’empêche pas que la partie de son livre qui regarde la religion ne soit sifflée de tous les penseurs.

J’ai lu, il y a quelques mois, le manuscrit du Commentaire de l’Apocalypse de Newton, que m’a prêté son neveu Conduit. Je vous avoue que sur ce livre je le ferais mettre à Bedlam, si je ne savais d’ailleurs qu’il est, dans les choses de sa compétence, le plus grand homme qu’on ait jamais eu. J’en dirais bien autant d’Augustin, évêque d’Hippone, c’est-à-dire que je le jugerais digne de Bedlam sur quelques-unes de ses contradictions et de ses allégories ; mais je ne prétends pas dire que je le regarderais comme un grand homme.

On est tout étonné de lire dans son sermon sur le septième psaume ces belles paroles : « Il est clair que le nombre de quatre a rapport au corps humain, à cause des quatre éléments, des

  1. Cette Lettre de milord Bolingbroke, et celle de milord Cornsbury qui la suit, sont dans les éditions de 1767 de l’Examen important.