Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/380

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tiens ; quand il prétendit que l’empereur de la Chine Yu était visiblement le roi d’Égypte Ménès, en changeant nès en u, et me en y (quoique Ménès ne soit pas un nom égyptien, mais grec), mon oncle alors se permit une petite raillerie innocente[1], laquelle d’ailleurs ne devait point affaiblir l’esprit de charité entre deux interprètes chinois. Car, au fond, mon oncle estimait fort M. de Guignes.

L’abbé Bazin aimait passionnément la vérité et son prochain. Il avait écrit la Philosophie de l’Histoire dans un de ses voyages en Orient ; son grand but était de juger par le sens commun de toutes les fables de l’antiquité, fables pour la plupart contradictoires. Tout ce qui n’est pas dans la nature lui paraissait absurde, excepté ce qui concerne la foi. Il respectait saint Matthieu autant qu’il se moquait de Ctésias, et quelquefois d’Hérodote ; de plus, très-respectueux pour les dames, ami de la bienséance, et zélé pour les lois. Tel était M. l’abbé Ambroise Bazing, nommé, par l’erreur des typographes, Bazin.



CHAPITRE I.
de la providence.

Un cruel vient de troubler sa cendre par un prétendu Supplément à la Philosophie de l’Histoire. Il a intitulé ainsi sa scandaleuse satire, croyant que ce titre seul de Supplément aux Idées de mon Oncle lui attirerait des lecteurs. Mais, dès la page 33 de sa préface, on découvre ses intentions perverses. Il accuse le pieux abbé Bazin d’avoir dit que la Providence envoie la famine et la peste sur la terre[2]. Quoi ! mécréant, tu oses le nier ! Et de qui donc viennent les fléaux qui nous éprouvent, et les châtiments qui nous punissent ? Dis-moi qui est le maître de la vie et de la mort ? dis-moi donc qui donna le choix à David[3] de la peste, de la guerre, ou de la famine ? Dieu ne fit-il pas périr soixante et dix mille Juifs en un quart d’heure, et ne mit-il pas ce frein à la fausse politique du fils de Jessé, qui prétendait connaître à fond

  1. Dans sa Préface historique et critique de l’Histoire de Russie (voyez t. XVI, pages 381-82).
  2. Voyez, tome XIX, la note 1 de la page 318.
  3. III. Rois, xxxiv, 13, 15.