Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/381

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la population de son pays ? Ne punit-il pas d’une mort subite cinquante mille soixante et dix Bethsamites[1] qui avaient osé regarder l’arche ? La révolte de Coré, Dathan et Abiron, ne coûta-t-elle pas la vie à quatorze mille sept cents Israélites[2], sans compter deux cent cinquante engloutis dans la terre avec leurs chefs ? L’ange exterminateur ne descendit-il pas à la voix de l’Éternel, armé du glaive de la mort, tantôt pour frapper les premiers-nés de toute l’Égypte, tantôt pour exterminer l’armée de Sennachérib ?

Que dis-je ? il ne tombe pas un cheveu de nos têtes sans l’ordre du maître des choses et des temps. La Providence fait tout : Providence tantôt terrible et tantôt favorable, devant laquelle il faut également se prosterner dans la gloire ou dans l’opprobre, dans la jouissance délicieuse de la vie, et sur le bord du tombeau. Ainsi pensait mon oncle, ainsi pensent tous les sages. Malheur au mécréant qui contredit ces grandes vérités dans sa fatale préface !



CHAPITRE II.
l’apologie des dames de babylone.

L’ennemi de mon oncle commence son étrange livre par dire : « Voilà les raisons qui m’ont fait mettre la plume à la main[3]. »

Mettre la plume à la main ! mon ami, quelle expression ! Mon oncle, qui avait presque oublié sa langue dans ses longs voyages, parlait mieux français que toi.

Je te laisse déraisonner et dire des injures à propos de Khamos, et de Ninive, et d’Assur. Trompe-toi tant que tu voudras sur la distance de Ninive à Babylone : cela ne fait rien aux dames, pour qui mon oncle avait un si profond respect, et que tu outrages si barbarement.

Tu veux absolument que, du temps d’Hérodote, toutes les dames de la ville immense de Babylone vinssent religieusement se prostituer dans le temple au premier venu, et même pour de l’argent. Et tu le crois, parce qu’Hérodote l’a dit !

Oh ! que mon oncle était éloigné d’imputer aux dames une

  1. I. Rois, vi, 19.
  2. Nombres, xvi, 49.
  3. La première édition du Supplément à la Philosophie de l’Histoire commence ainsi : « J’ai exposé, dans ma Préface, les raisons qui m’ont fait mettre la plume à la main. » Larcher changea ce début dans sa seconde édition.